BUSTE DE TOUSSAINT LOUVERTURE

  • QUOI : Buste de Toussaint LOUVERTURE / Statue de Toussaint Louverture / Buste de "Toussaint l'ouverture"

  • QUI : Modèle: François-Dominique Toussaint Louverture (à l'origine Toussaint de Bréda), Sculteur haïtien: Ludovic Booz

  • : Parc aux angéliques, rive droite de Bordeaux-Bastide

  • QUAND : Inauguré le 10 juin 2005, renversé et réinstallé début mai 2007.

  • COMMENT :

> NATURE/CONSTRUCTION: Buste en bronze, piédestal en pierre.

> ÉTAT: Toujours visible

  • COMBIEN : 1 exemplaire.

  • POURQUOI: Ce buste de Toussaint Louverture, figure du mouvement anticolonialiste et abolitionniste, a été installé (à l'occasion du bicentenaire de la fondation de la République d'Haïti) face aux quais comme symbole, en mémoire de la participation du Port de Bordeaux dans l'une des 3 traites d'esclaves africains: la Traite Transatlantique (:Commerce Triangulaire, dans lequel la France à participé en 4ème rang d'importance des pays européens en nombre de captifs déportés, derrière dans l'ordre: le Portugal, la Grande Bretagne, et l'Espagne. En France, le port de Bordeaux fut au 4ème rang en nombre d'expéditions après dans l'ordre: Nantes, Le Havre et La Rochelle...)

  • LOCALISATION

Coordonnées GPS:

44.84742, -0.56471

Cliquez sur:

=> la CARTE:

  • PRÉAMBULE

Avant de commencer cette page dédiée au buste de Toussaint Louverture, dans un contexte parfois "tendu" de réactions tranchées et de polémiques, il est important de fixer un cadre et l'angle d'approche du sujet. Cette page, comme la quasi centaine d'autres pages de ce site sur les statues/bustes de Bordeaux, ne se destine qu'à décrire la sculpture, dépeindre le sujet sculpté et le contexte/l'histoire ayant amené à la création de cette œuvre. Le contenu de cette page est élaboré (autant qu'il me soit possible, et pensé dans ce sens) sans jugement ni avis personnel, en essayant de ne se baser que sur les faits, les données et les documents disponibles (dans l'esprit premier de ce site: répondre factuellement du mieux possible aux questions "QQOQCCP").

L'angle d'approche du sujet se veut donc au début aussi large que possible, puis focalisé, au fur et à mesure, sur les circonstances et événements de cette partie bornée dans le temps de l'Histoire de la Ville de Bordeaux (principalement au XVIIIe siècle)...

Avant tout jugement sur le contenu de cette page, (comme spécifié dans la rubrique "§Contact" de ce site), je ne suis ni historien ni guide, et je ne revendique humblement aucune exactitude à 100% des éléments. Mais ayant de principe à cœur de bien faire, si un(e) info/document/image n'est pas correct(e)/non sourcé(e), vous pouvez toujours m'en faire part via la rubrique §Contact, en comptant sur votre tact et votre bienveillance pour laisser le bénéfice du doute).

(Remarque: Certains termes et dénominations utilisé(e)s, le seront sans connotation, mais uniquement à replacer dans le contexte historique, pour narration.)

Pour approfondir et consulter le travail de vrais professionnels sur ce sujet, il est possible de consulter le parcours mémoriel (https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/parcours-memoriel) et de visiter le Musée d'Aquitaine qui lui a consacré une grande partie de sa surface d'exposition. Ce lieu dédié relate et traite le sujet de l'Esclavage mieux qu'il ne sera jamais possible de le faire dans cette seule simple page.

Cette page ne sera donc qu'un "aperçu" succinct du sujet, qui n'a avant tout pour but simplement que d'introduire le buste de Toussaint Louverture...

(Pour des raisons de gain de temps de rédaction et d'illustration, il sera fait majoritairement appel à des cartes qui donnent une vue plus directe et plus globale... Attention: Les historiens ayant parcourus de nombreuses archives (non exhaustives), avancent des chiffres parfois différents, à ne pas prendre sans "recul".

Par souci de traçabilité, les sources et les références seront laissé(e)s sur les graphiques, en plus de tous les liens-sources consultables en fin de page...)

  • 1) CONTEXTE: L'ESCLAVAGE, DÉFINITION ET EXISTENCE DANS L'HISTOIRE DES CIVILISATIONS.


  • 1.1) ÉTYMOLOGIE ET DÉFINITION

Du latin médiéval sclavus, le mot « esclave » est apparu à Venise durant le Haut Moyen-Age, la majorité des esclaves étant alors des Slaves des Balkans, d’une région par la suite renommée « Slavonie » (actuelle Croatie). L’esclavage est l’état d’une personne se trouvant sous la dépendance absolue d’un maître qui a la possibilité de l’utiliser comme un bien matériel.

Il est privation de liberté (physique, d’expression…) de certains hommes par d’autres hommes, dans le but de les soumettre à un travail forcé, généralement non rémunéré ou conditionné par une dette initiale insurmontable. Juridiquement, l’esclave est considéré comme propriété de son maître. Il peut être à ce titre acheté, loué ou vendu comme un objet, un « meuble« . (cf. Le Code Noir)

L’esclavage, selon l’UNESCO, est l’état ou condition sociale d'un individu sur lequel s’exercent les attributs du droit de propriété ou de certains d'entre eux. Ce phénomène est identifié par la possession ou le contrôle d’un autre individu, sa coercition et la réduction de sa mobilité et par le fait que cette personne ne soit pas libre de partir ou de changer d’employeur.

La "traite" s'entend comme le commerce d'êtres humains pouvant être échangés contre des marchandises avant leur mise en esclavage.

L’esclavage est internationalement interdit par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Il n’en a pas pour autant disparu et persiste à ce jour sous des formes très variées : servitude pour dettes, servage, fausses adoptions, asservissement de femmes mariées, prostitution forcée, etc...


  • 1.2) ORIGINES DE L'ESCLAVAGE ET LES CIVILISATION AYANT PRATIQUÉ L'ESCLAVAGE

Quoi de plus troublant que de constater, pourtant, qu’aussi loin que remonte l’Histoire, elle nous offre le spectacle de l’asservissement de l’homme par l’homme? Les préhistoriens relèvent des traces de l’esclavage aussitôt que commence la sédentarisation: avec la révolution néolithique, il y a environ 12 000 ans. Il se généralise avec l’émergence des premières cités-États, au IVe millénaire av. J.-C.: comme s’il était consubstantiel à l’apparition de la civilisation.

> L’esclavage existe ainsi sur tous les continents depuis que les hommes se sont organisés en société, où certains dominent les autres...

L’esclavage a existé de tout temps, au sein de nombreux peuples (Égyptiens, Romains, Ottomans, Moyen Orient, Afrique, Chine, États-Unis, colonies occidentales, Amérique précolombienne et en Extrême-Orient).

Dès l’antiquité, les Égyptiens, les Grecs et les Romains faisaient de leurs prisonniers de guerre des esclaves. A l’époque, les esclaves étaient « blancs ». Les étrangers et ceux qui ne pouvaient honorer leurs dettes devenaient également esclaves.

Chez les Romains, le même mot désignait à la fois l’esclave et l’étranger. Au 2e siècle, il y avait 20 000 citoyens libres pour 400 000 esclaves.

VIKINGS
ÉGYPTIENS
ROMAINS
CHINOIS
GRECS
OTTOMANS ("TURCS")
AZTÈQUES
LES 3 TRAITES D'ESCLAVES AFRICAINS(cf. §2 > les protagonistes incriminés)

La capture d’esclaves sera l’enjeu même des guerres menées au Proche-Orient par les premiers empires, et qui viseront à s’emparer d’un maximum de captifs destinés à servir de main-d’œuvre pour l’économie productive et pour la construction des grands ensembles monumentaux, des tombeaux, des palais et des temples dont les vestiges font notre admiration.

Il y eut notamment au Moyen Âge une Traite Viking comme il y avait une "traite islamique et transsaharienne" ; la capture et le commerce des esclaves furent le lot commun de l’Afrique bien avant que l’arrivée des Européens ne donne le départ de la "traite atlantique" (voir §2.1)...

Ci-contre les raids Vikings (les Danois) ayant attaqué 4 fois la ville de Bordeaux. Vers 830, des groupes plus nombreux pénètrent plus profondément et plus loin dans le pays. Ils s'emparent des pauvres qu'ils emmènent comme esclaves. Les Vikings étaient des esclavagistes, et le rapt, la vente et l’exploitation forcée d’êtres humains ont toujours été un pilier central de leur culture. On suppose que l’esclavage était l’une des principales motivations derrière les pillages...

=> Extrait du site de l'Assemblée Nationale: https://www2.assemblee-nationale.fr/14/evenements/2016/abolition-de-l-esclavage-1794-et-1848/chronologie

« L'esclavage est une période de l'histoire universelle qui a affecté tous les continents, simultanément parfois, ou en succession. Sa "genèse" est la somme de tout ce qui est advenu pendant un temps indéterminé dans divers lieux. La traite africaine des esclaves vers le Maghreb, puis en Europe, qui est à l'origine de l'esclavage en Afrique noire, n'a fait que prendre la relève des traites qui duraient depuis des siècles en Asie, sur le continent européen et autour de la Méditerranée. Les Slaves ont fourni leur contingent de "slaves", les Esclavons, d'esclaves, nos ancêtres les Gaulois vendaient régulièrement leurs captifs d'Angleterre aux Romains, les Vikings en capturaient et en vendaient au long de leurs cabotages. Pirates musulmans et chrétiens se capturaient mutuellement... L'esclavage était amorcé depuis longtemps et il faudrait, pour l'expliquer en Afrique, en expliquer l'apparition sur le continent euro asiatique. Pourtant c'est paradoxalement en Afrique, le dernier des contingents ayant fourni la traite, que l'on cherche encore une explication originelle à l'esclavage... »

Claude MEILLASSOUX, Anthropologie de l'esclavage, le ventre de fer et d'argent -PUF 1986.

  • 2) LES TROIS DIFFÉRENTES TRAITES: DÉFINITION, ORIGINE, DATES, AMPLEUR, PERSONNES, LIEUX ET "TRAJETS"...


  • 2.1) LES TRAITES: TROIS PRINCIPAUX "FLUX" DE COMMERCE D'ESCLAVES AFRICAINS: DIFFÉRENTS "PROTAGONISTES"

L'asservissement et la mise en esclavage des populations africaines a commencé bien avant l'arrivée des Européens sur les côtes africaines qui a donné naissance à la "Traite atlantique". Les historiens identifient ainsi trois principales traites esclavagistes ayant réduit en captivité des populations africaines. Elles ont abouti à la déportation de plusieurs dizaines de millions de personnes (selon des estimations parfois contestées), et concernent des périodes de longueur très différentes...

Sujet très délicat si il en est, où comprendre et discerner l'ampleur de l’implication des protagonistes revient à marcher sur des œufs, ou sur des braises... Le site https://www.jeuneafrique.com/496580/societe/le-tabou-de-la-traite-negriere-arabe titrait sur ce même lien "La traite négrière est triple : l’occidentale (la plus dénoncée), l’intra-africaine (la plus tue) et l’orientale (la plus taboue)...".

Ci-après une définition de ces 3 traites:


> la " TRAITE INTRA-AFRICAINE ": environ 14 millions de déportés (Elle alimentait notamment les deux autres traites.)


Elle a porté essentiellement sur la population africaine et la mise en esclavage de prisonniers de guerre entre États Africains. Alimentée ainsi par les razzias et ces guerres, elle a fournit de tous temps des domestiques, porteurs, ouvriers agricoles.

Elle a été des plus répandues dans les sociétés africaines bien avant l’arrivée des arabes et des occidentaux et bien après leur départ...

(Le nombre de victimes ne peut être estimé précisément en l’absence de sources écrites, mais il est considérable, "plusieurs dizaines de millions" selon le site: https://memorial.nantes.fr/l-esclavage-et-les-traites-negrieres/#contenu).



> La " TRAITE OCCIDENTALE " (ou "Commerce Triangulaire" ou "Traite Trans-Atlantique" ou "Traite européenne" ou "Traite coloniale européenne")

Environ 12,5 millions de déportés (dont 90 % sur 110 ans principalement au XVIIIe siècle).

Elle débute au 15e siècle lorsque les Portugais commencent à acheter des hommes sur les côtes d’Afrique qu’ils explorent alors. La découverte du Nouveau Monde et sa colonisation par les grandes puissances maritimes Européennes accélèrent le processus de façon exponentielle. L’exploitation des richesses et des territoires de l’Amérique demande une main d’œuvre abondante pour alimenter mines et plantations. Reliant ainsi l'Europe, l'Afrique et l'Amérique, pour la déportation d'esclaves africains, d'abord troqués en Afrique contre des produits européens, puis en Amérique contre des matières premières coloniales.


> La " TRAITE ORIENTALE " (qui englobe la "Traite arabe" ou "Traite Islamique" ou "Traite arabo-musulmane" qui en était la composante principale)

(Faute de documentation suffisante les historiens ne sont pas toujours d'accord sur le nombre d'esclaves des traites orientales) environ 17 millions de personnes auraient été réduites en esclavage pour fournir ces régions du monde pendant plus de treize siècles...

Elle a commencé en 652, vingt ans après la mort de Mahomet, et s’est poursuivie jusqu’à la fin du 19ème siècle. Par leur ampleur et leur durée, les « traites orientales » organisées par les négriers Musulmans constitueraient sans doute, d'un point de vue quantitatif, la plus importante des trois traites négrières. (Selon le magasine L'HISTOIRE: https://www.lhistoire.fr/la-traite-oubli%C3%A9e-des-n%C3%A9griers-musulmans-0)

Ces esclaves provenaient principalement d'Afrique subsaharienne, d'Afrique du Nord-Ouest, d'Europe méditerranéenne, des pays slaves, du Caucase et du sous-continent indien, et étaient importés au Moyen-Orient, au Proche-Orient, en Afrique du Nord, dans la corne de l'Afrique et dans les îles de l'océan Indien. La plus grande partie des voyages des captifs se faisaient par voie terrestre, certains trafics se faisant par contre à travers la mer Rouge ou l'océan Indien.


Concernant cette "Traite Orientale", par manque de données (comme expliqué ci-dessus) après plusieurs recherches dans différentes langues, il n'a pas été possible de trouver des vues/cartes avec des estimations chiffrées, mais seulement avec des routes/flux et des villes...

La "Traite Arabe", qui a précédé la traite européenne, empruntait les voies d'acheminement en provenance du Ouadaï et du Darfour par le Nil, de la partie occidentale de l'Afrique par le Sahara vers les villes arabes de l'Afrique, du centre de l'Afrique vers les Comores, les Mascareignes et le Brésil. L'Empire ottoman était un centre de redistribution de main-d’œuvre servile. La voie d'approvisionnement de la Russie jusqu'à Moscou traversait, depuis l'Empire ottoman, la Valachie, la Moldavie et la Petite Russie.

Cette carte ci-après détaille les flux des deux traites: "Orientale" & "Occidentale", selon les continents concernés.

Par la suite, un focus sera fait sur la seule "Traite Occidentale" pour situer et cadrer avec le sujet/contexte du Buste de Toussaint Louverture. (Ceci, de principe, n'a bien évidemment pas pour but d’occulter ni minimiser les 2 autres traites)...

La "Traite Atlantique" a été en partie rendue possible par le caractère esclavagiste de la société africaine notamment dans les grands empires sahéliens médiévaux. De nombreux royaumes ont collaboré à la traite européenne. (Source: https://www2.assemblee-nationale.fr/14/evenements/2016/abolition-de-l-esclavage-1794-et-1848/chronologie)

  • 2.2) LA "TRAITE TRANSATLANTIQUE: LE COMMERCE TRIANGULAIRE

La "Traite atlantique" utilise des routes commerciales dont le tracé forme un triangle entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. À ce titre, on parle de "Commerce Triangulaire".

• Des navires européens (appelés "bateaux négriers"), partent d'Europe chargés de produits européens: textile, des fusils, de l'alcool, des bijoux, etc.

• En Afrique, ils échangent auprès des chefs locaux africains leurs produits européens contre des esclaves.

• Les esclaves traversent ensuite l'océan Atlantique et sont vendus en Amérique.

• Le gain réalisé par la vente des esclaves permet d'acheter des produits coloniaux : sucre, café, cacao, indigo, etc.

• Ces produits sont ensuite transportés et vendus en Europe.

• Les armateurs réalisent d'importants profits.


Extrait de document exposé au Musée de la ville de Nantes: Au 16e siècle, la côte africaine est parsemée de comptoirs de traite, où les captifs s'échangent contre les produits regroupés dans les ports négriers européens. Si les comptoirs sont positionnés sur la côte, les navires européens restent le plus souvent dans la rade, et peu nombreux sont les marins qui descendent à terre. La relation avec les représentants des rois, et avec les rois eux-mêmes, est un privilège réservé au capitaine du navire, tout comme le fait d'être accueilli dans leur palais.

Extrêmement codifiées, les transactions nécessitent l'intervention de nombreux acteurs politiques et commerciaux, européens et locaux, accompagnés de traducteurs ou parlant eux-mêmes plusieurs langues.

Tous pays confondus, la "Traite Atlantique" permit l'enrichissement de ceux qui se livrèrent à ce commerce :

• Les chefs locaux africains qui livraient les esclaves aux Européens, qui bénéficiaient des produits européens et devenaient plus puissants.

• Les chefs de plantations, ou colons, en Amérique, qui bénéficiaient d'une main-d’œuvre gratuite et les économies coloniales prospéraient par l'utilisation des esclaves.

• Les armateurs européens ainsi que les capitaines des "navires négriers" s'enrichissaient grâce à ce commerce.

• Cet enrichissement profitait aux villes portuaires de l'Atlantique dont l'activité commerciale augmentait fortement.

• Les États européens encourageaient ce commerce en donnant des primes ou des monopoles à des compagnies commerciales.

> L'Afrique, quant à elle, était privée d'une partie importante de sa population...

  • 2.3) ORIGINE DES ESCLAVES ISSUS DU CONTINENT AFRICAIN

S’il est possible de savoir quelles régions fournissaient le plus d’esclaves, il ne semble pas exister réellement de chiffres fiables et de recensement des régions d’origine des personnes réduites en esclavage.

Les négriers se « servaient » en effet "autour d’eux" mais aussi de plus en plus loin au fur et à mesure de l’accroissement de la demande...

Ci-dessous des chiffres associés aux régions de départ des esclaves de la traite Atlantique (Source : Atlas des esclavages, Marcel Dorigny, Bernard Gainot ; cartographie Fabrice Le Goff)

On trouve quelques chiffres partiels dans l’article Le nombre d'esclaves africains importés en Europe et en Amérique, (J. Houdaille, Population, 1971, 26-5), mais l’auteur n’en donne pas la provenance : Il est encore plus difficile d'étudier la provenance de ces esclaves africains, car les noms d'ethnies et les régions indiquées par les négriers des différentes époques ne coïncident pas toujours. Voici cependant ci-après quelques résultats généraux en pourcentages (voir tableau ci-après). Ces estimations ne portent que sur quelques groupes d'esclaves.

Pour les traites anglaises et françaises, les documents permettent de suivre une évolution au XVIIIe siècle. La part de l'Afrique centrale (Angola et du Sud-Est Mozambique) ne cessa d'augmenter, car les négriers éprouvaient de plus en plus de difficultés à s'approvisionner dans le nord de l'Afrique. Au XIXe siècle, l'apport du Mozambique au Brésil devint important.

L’Afrique de l’Ouest fut la principale pourvoyeuse d’esclaves : « La traite atlantique a atteint son apogée à la fin du xviiie siècle, lorsque le plus grand nombre d'esclaves ont été capturés lors d'expéditions dans l'intérieur de l'Afrique de l'Ouest. L'augmentation de la demande d'esclaves due à l'expansion des puissances coloniales européennes vers le Nouveau Monde a rendu la traite négrière beaucoup plus lucrative pour les puissances ouest-africaines, ce qui a conduit à la création d'un certain nombre d'empires ouest-africains prospérant sur le commerce des esclaves.

Ceux-ci comprenaient l'empire Oyo (Yoruba), l'Empire Kong, l'Imamat du Fouta-Djalon, l'Imamat de Fouta-Toro, le Royaume de Koya, le Royaume de Khasso, le Royaume de Kaabu, la Confédération Fante, la Confédération Ashanti et le royaume de Dahomey.

Ces royaumes s'appuyaient sur une culture militariste de guerre constante pour générer le grand nombre de prisonniers humains requis pour le commerce avec les Européens » Article Esclavage en Afrique, Wikipedia

Mais sur le temps long de la traite, la plupart des régions sont touchées, comme l’explique Luiz Felipe de Alencastro dans l’article « Traite des noirs » de l’Encyclopædia Universalis (en ligne sur les postes informatiques de la BML).

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S'il est certain que les migrations forcées furent plus lourdes en Afrique occidentale et centrale, toutes les autres régions ont été touchées à des degrés divers. C'est vers la fin du XVIIIe siècle que les migrations forcées ont atteint leur apogée, avec des moyennes annuelles de 100 000 individus transportés outre-mer. Ce niveau élevé s'est maintenu au début du XIXe siècle. On assiste alors à un déplacement des zones de capture d'esclaves : du littoral vers l'intérieur, et de l'ouest vers l'est du continent.

La branche du trafic située en Afrique orientale – qui a duré un siècle – reposait sur deux débouchés principaux:

  • Le premier, qui concernait surtout les esclaves masculins, était constitué par les plantations européennes, d'abord celles du Nouveau Monde puis celles de l'océan Indien.

  • Le second débouché, surtout pour les femmes esclaves, était le système esclavagiste du Moyen-Orient, lequel comprenait aussi le Kenya et l'île de Zanzibar.

  • 2.4) TRANSITS ET AMPLEUR, FONCTION DES PAYS/PORTS DE DÉPART & D'ARRIVÉE

Sur la carte ci-dessous, selon la légende quantifiée, on remarque bien évidemment d'emblée que la majorité des expéditions sont à destination du continent Américain (vers les "possessions européennes" en Amérique du Nord & du Sud=> Voir §2.5).

On note aussi les transits vers l'Afrique du Nord (Maroc/Tunisie/Libye/Égypte), vers la Péninsule Arabique (Arabie/Yémen), la Turquie, et l'Inde.

On voit également enfin, des flux certes "moindres en nombre" en comparaison avec les autres, mais existants, vers l'Europe de l'Ouest (Angleterre, Espagne, France, Portugal, Italie...), mais aussi vers les région des plantations de l'île de la Réunion et l'île Maurice.

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Sur les deux cartes ci-dessous, on peut se rendre compte du nombre de personnes en fonction de la taille proportionnelle des cercles.

Ensuite, dans chaque cercle, on peut trouver proportionnellement l'origine et la destination selon les couleurs en légende.

Selon les données ci-dessous, concernant le seul cas particulier de la "destination Europe", le nombre d'esclaves y ayant été amenés, varie approximativement entre 9000 - 10 797.

Pour tous pays européen confondus, l'ampleur de leur implication dans le Commerce Triangulaire peut éventuellement être plus estimable via le nombre expéditions/bateaux et la quantité de personnes transportées fonction des armateurs & des destinations dans les possessions territoriales (voir §2.5)...

  • 2.5) DÉTAIL GÉOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES DESTINATIONS SUR LE CONTINENT AMÉRICAIN

Sur cette représentation ci-dessous, fonction des destinations, on peut se rendre compte des possessions Anglaises / Portugaises / Françaises / Espagnoles / Hollandaises sur le continent américain, de leur importance en surface de territoire, et les ports concernés.

On y voit également en bas dans le "camembert" la répartition de l'origine des esclaves africains qui on été amenés en Amérique du Nord...

  • 2.6) LE "COMMERCE TRIANGULAIRE" ET L'EUROPE


(ATTENTION: Ces chiffres sont des estimations à prendre avec précaution. Selon les sources et documents, on peut trouver des nombres différents...D'autres sources par exemple, donnent les États-Unis en nombre d’esclaves à 0.3M au lieu de 0,1M...)

Le cas de l'Espagne par exemple est plus compliqué dans l'établissement d'un "décompte": L'Espagne était une grande "utilisatrice" d'esclaves dans ses colonies des Caraïbes et d'Amérique du Sud, mais elle a beaucoup "sous-traité" l'approvisionnement en esclaves à d'autres puissances par le système de l' "asiento de negros". La plupart sont arrivés tour à tour dans des navires portugais, génois, néerlandais, français, britanniques et basques....

=> Concernant les Pays Européens:

Estimation en Nombres d'esclaves déportés

Proportions chiffrées du Nombre d'expéditions par port Européen.

(Carte très probablement non exhaustive, il manquerait, entre autres de toute façon tous les ports d'où sont partis de 10 expéditions ou moins, et par exemple, l'Italie avec Venise et Gènes. Notons aussi à part, la Suède avec le Port de Gustavia de l'île de Saint-Barthélemy).

  • 3) LE "COMMERCE TRIANGULAIRE" DANS LES PORTS DE FRANCE


    • 3.1) LES EXPÉDITIONS DEPUIS LES PORTS FRANÇAIS

ATTENTION: Encore une fois les sources ne coïncident pas toutes. Ci-dessus et ci-dessous ont été justement prises trois sources avec des chiffres parfois différents pour justement illustrer que certains "décomptes" sont parfois à considérer à la "dizaine d'unité" en nombre d'expédition (attention aussi à la plage de dates étudiée)...

=> Néanmoins, malgré l'écart des chiffres des expéditions de ces sources, une comparaison rapide laisse au final le même "ordre/rang d'importance" de chacun des ports français => Voir le "camembert" ci-après pour un "ordre croissant" en nombre d'expéditions.

Le sous-texte du tableau ci-contre et ce "camembert" ci-dessous permettent aussi de lister les ports plus exhaustivement, comprenant notamment ceux dont les expéditions ont été inférieures à 10...

Comme vu précédemment, ceci est un décompte du nombre d'expéditions, cela donne une idée générale mais la capacité des bateaux étant inégale, cela ne donne pas directement le nombre de personnes qui ont été emportées par bateaux issus de chacun de ces ports...

Source de la page officielle ©Mairie de Bordeaux 2022 : https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/histoire

    • 3.2) LE NOMBRE DE CAPTIFS TRANSPORTÉS PAR LES EXPÉDITIONS FRANÇAISES

Il n'est pas facile de trouver des données pour les seuls ports français, voici néanmoins une vue proposée au mémorial de l'esclavage dans la ville de Nantes:

    • 3.3) LES ROUTES ET DESTINATIONS DES NAVIRES FRANÇAIS

> Quels étaient les trajets empruntés par ces navires français, l'origine des esclaves africains embarqués, et leurs destinations:

  • 4) LE "COMMERCE TRIANGULAIRE" ET LA CAPITALE GIRONDINE

Avant de commencer par aborder ce pan de l'Histoire de Bordeaux, refaisons un point pour resituer et recontextualiser les faits/chiffres...

Au cours de ces nombreuses et longues années sombres de l'Histoire:

> La traite des esclaves africains s'est composée (à des époques & niveaux différents) de la "Traite Orientale" (env. 17 millions de déportés), de la "Traite Intra-Africaine" (env. 14 millions de déportés), de la et donc de la "Traite Occidentale" responsable d'environ 12,5 millions de déportés.


>> Lors de cette "Traite Occidentale" (du 15ème au 19ème siècle), la France a pris part dans ce "Commerce Triangulaire" en 4ème rang des pays européens derrière dans l'ordre: le Portugal, La Grande Bretagne, et l'Espagne. (ou 3ème, selon les considérations du cas de l'Espagne).


>>> En France, le port de Bordeaux est le 4ème port français en terme de nombre d'expéditions & d'esclaves déportés, (dans l'ordre) loin derrière Nantes, puis ensuite La Rochelle et Le Havre. (Le "commerce en droiture" représentant plus de 95% du commerce colonial bordelais.)

    • 4.1) "TENDANCES CHIFFRÉES":


> Selon le site officiel https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/histoire, la Traite bordelaise représenterait environ 480 expéditions recensées entre 1672 et 1837. (Si on prend comme nombre approximatif: 34 850 expéditions européennes dont 3 804 expéditions françaises):

>>> Le port de Bordeaux représenterait environ 12,6% du nombre d'expéditions françaises et 1,4% du total des expéditions Européennes


> Toujours selon le même site, jusqu'à 150 000 captifs auraient été concernés pas la Traite bordelaise. (Si on prend comme nombre approximatif: 1,3 millions d'esclaves déportés par la France, et un total de 12,5 millions d'esclaves ayant été victimes de la "Traite Occidentale"):

>>> Le port de Bordeaux représenterait environ 11,6% du nombre d'esclaves du Commerce Triangulaire Français et 1,2% du total d'esclaves de la "Traite Transatlantique" par les pays Européens.


ATTENTION: Les chiffres et pourcentages ci-dessus sont à prendre avec du recul pour ne considérer qu'une tendance approximative uniquement à titre d'idée globale... NOTE: A titre d'exemple pour simple information, les estimations ci-dessus de 480 expéditions & 150 000 esclaves ont été retenus par le site de Bordeaux. En parallèle les chiffres "officiels" notés sur le mémorial de l'esclavage à Nantes, concernant Bordeaux, sont de 419 expéditions & 135 000 esclaves...

=> De principe, par "précaution", pour le calcul de ces pourcentages estimatifs ci-dessus, il a été retenu des chiffres "majorants"...)

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4.2) DÉTAILS DE L’ACTIVITÉ À BORDEAUX

(Extraits du site officiel © Mairie de Bordeaux 2022 : https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/histoire: Julie Duprat, conservatrice, auteure de la thèse intitulée "Minorités noires à Bordeaux au XVIIIe siècle (1763-1792)" :

En France, Nantes est donc le port négrier le plus important avec plus de 1470 expéditions. Il est suivi d’assez loin par La Rochelle, Le Havre-Rouen et Bordeaux qui ont organisé chacun entre 400 et 500 expéditions. Le régime de "l'exclusif" interdit aux colonies de commercer avec les pays étrangers, ce qui va fortement profiter aux négociants bordelais.

Ceux-ci pratiquent principalement le commerce en ligne directe avec les Antilles, appelé "commerce en droiture". Ce commerce est beaucoup moins risqué que les voyages "circuiteux" ou triangulaires fondés sur la Traite des Noirs. (...). Sur l'ensemble du siècle, le commerce en droiture représente plus de 95% du commerce colonial bordelais.

Ce n'est donc pas tant la Traite des Noirs qui enrichit Bordeaux que le commerce de denrées coloniales produites par les esclaves. (...). Bordeaux a donc plus vécu des produits de l'esclavage, que de la "Traite des noirs" proprement dite, ce qui n'est pas plus moral...

L'essentiel du commerce bordelais se fait avec la grande île de Saint Domingue qui est, à la fin du XVIIIème siècle, cinq fois plus peuplée et produit sept fois plus que chacune des autres îles des Antilles françaises.

Saint-Domingue entretient des liens privilégiés avec l'Aquitaine, qui lui a fourni le plus de migrants : bon nombre de planteurs qui possèdent des esclaves sont originaires de la région. L'île accapare alors plus de 75% du commerce colonial de Bordeaux et attire huit passagers sur dix.

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La Traite bordelaise d'esclaves africains est pratiquée par près de 180 armateurs bordelais, dont seule une minorité a organisé plus d’une dizaine d’expéditions. Les armateurs venaient d’horizons très différents : des catholiques, des protestants, des juifs et des franc-maçons. Les maisons Gradis, Nairac, Couturier, Laffon de Ladebat sont les plus importantes (voir ce lien: https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/portraits). Mais la majorité n’a financé qu’entre deux et cinq expéditions. Pour la Traite comme pour le commerce en droiture, plusieurs négociants se regroupent alors pour prendre des parts sur la cargaison et partager ainsi les risques et les bénéfices.

On peut considérer que plusieurs milliers de Bordelais ont participé directement ou indirectement à ce trafic d’être humains.

Des chercheurs du CNRS ont mis en ligne une base de données recensant le nom d'anciens esclavagistes et les indemnités, parfois considérables, auxquelles ils ont eu droit. On y retrouve des noms de Bordeaux, comme les familles Gradis, Balguerie, ou encore Journu. https://esclavage-indemnites.fr/public/Recherche/

Certains naissent ainsi parfois avec un patronyme "lourd d'Histoire"... Voir cet exemple rapporté sur le site de France 3 Nouvelle Aquitaine: https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/axelle-balguerie-il-faut-eviter-stigmatiser-noms-descendants-armateurs-negriers-1340293.html.

Un "amalgame/stigmatisation" des descendants, par le patronyme, à cause des "fautes" d'ancêtres fait-il sens ? Sur un arbre généalogique complet de plusieurs siècles, jusqu'à la naissance même des patronymes, nul ne peut jurer d'avoir eu tous ses ancêtres qui se soient tous, de tous temps et sans aucune exception, montrés dignes et justes selon les lois et critères de la société d'aujourd'hui. Et quoi qu'il en soit, l'héritage d'un nom de famille ne se choisit pas soi-même à la naissance, tout comme on ne choisit ni ses parents, ni ses ancêtres, ni donc la connotation de ce patronyme...

=> Calcul rapide: Les premiers navires bordelais seraient partis vers 1672, si l'on part donc 350 ans en arrière et sur 25 ans comme âge moyen d'une "génération" se renouvelant, cela donne environ 14 générations. Même si en généalogie on considère les "implexes" (phénomènes d'endogamie poussant les membres de la société à trouver un conjoint au sein de la même communauté, et menant jadis à un certain degrés de "consanguinité": mariage entre cousins germains par exemple), réduisant de facto les calculs mathématiques théoriques du nombre d'individus par génération, on arrive très vite quand-même à plusieurs milliers de descendants (qui, pour une grande partie ne portent plus le nom de famille originel, de par la transmission de celui-ci seulement que par les hommes - par mariage/progéniture -, voire même par simple changement de nom à dessein...).

Dans un travail de mémoire parfois complexe, certains militent pour débaptiser les cours/avenues, et d'autres pour apposer des textes retraçant l'historique avec des explications. C'est finalement cette dernière option qui a été retenue: le lundi 2 décembre 2019, Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage, la ville de Bordeaux a dévoilé six plaques de rues explicatives. Elles ont été fixées dans les artères de la ville portant des noms de négriers. Ces derniers ont été identifiés grâce au travail des archives municipales, qui ont permis de prouver l'implication de six Bordelais dans le commerce et la vente d'êtres humains. Le Maire de Bordeaux Nicolas Florian a déclaré qu'"Il ne s'agit pas de stigmatiser des patronymes ou des familles" mais d'affirmer, par des plaques, la responsabilité de ces Bordelais dans la traite négrière transatlantique.

Deux citations proches, de personnages célèbres trouvent écho à ces rappels/précisions historiques:

  • « Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. » (de l’écrivain et philosophe George Santayana.)

  • « Si tous les hommes comprenaient l'histoire, ils cesseraient peut-être de réitérer sempiternellement les mêmes erreurs. » (de l'écrivain et biochimiste Isaac Asimov)

Notre président E. Macron, a dernièrement lui-même dit très justement: « Le passé, nous ne l'avons pas choisi, nous en héritons, c'est un bloc, mais nous avons une responsabilité, c'est de construire notre avenir pour nous-mêmes et nos jeunesses...».

  • 4.3) PRÉSENCE D'ESCLAVES À BORDEAUX

Bordeaux a, de manière incontestable, bâti un partie de sa fortune sur l’économie coloniale : sa prospérité a en effet été assurée par le développement d’un "commerce en droiture" avec les Antilles et par sa participation à la traite négrière tout au long du XVIIIe siècle.

"Nantes a beaucoup plus pratiqué la traite que la capitale de l'Aquitaine, mais Bordeaux a plus vécu de l’esclavage que tous les autres ports, car les produits échangés étaient fabriqués par les esclaves. La traite représentait à Bordeaux 5 % des expéditions. La ville s’est en fait spécialisée dans le commerce en droiture (sans transport d'esclaves), jugé moins risqué." explique François Hubert, directeur du musée d’Aquitaine. (Précisions: les navires chargeaient du vin et revenaient avec du rhum, du sucre ou du café produit par les esclaves. Les alcools forts partaient dans le quartier des Chartrons et tout le reste s’entassait dans les entrepôts Lainé).

Cette dynamique atlantique, loin de se limiter à l’économie, s’est également étendue aux personnes. Bordeaux se trouve de fait au centre d’importants flux de population au sein desquels on trouve une part non-négligeable d’Afro-descendants.

On estime que plus de 5.500 d’entre eux ont été amenés à résider de manière plus ou moins longue à Bordeaux entre le début du XVIIIe siècle et la période napoléonienne. La très grande majorité de ces Afro-descendants sont esclaves : arrivés depuis les Iles où ils sont nés, plus rarement en provenance directe depuis l’Afrique, ils sont surtout destinés à être employés comme domestiques, en officiant comme cuisiniers, valets de chambre ou encore nourrice.

Il reste cependant possible de sortir de cette condition : bon nombre d’esclaves parviennent en effet à retrouver leur liberté, que cela soit en se prenant la fuite ou en bénéficiant d’un affranchissement de la part de leur maître à Bordeaux. Une partie de ces nouveaux libres décide de rester dans la ville où ils peuvent continuer à être employés comme domestique, en recevant des gages, ou pour ceux ayant bénéficié d’un apprentissage, en exerçant un petit métier. Bordeaux a ainsi vu l’émergence d’une petite mais solide communauté de gens de couleur libres, habitant principalement autour du quartier de Saint-Seurin. Les actes de mariage et de baptême témoignent de leur intense activité sociale et de leur intégration au sein de la ville et de l’ensemble de ses habitants.

Certains ont des trajectoires de vie particulièrement exceptionnelles et se hissent au niveau des libres de naissance fortunés particulièrement présents à Bordeaux : ces derniers, quasi-systématiquement nés aux Iles d’un père aquitain, jouent de leur métissage pour s’intégrer au réseau des élites bordelaises, à l’instar de la famille Raimond.

Bordeaux a ainsi été le théâtre d’une influente élite de couleur, dont les plus fiers représentants sont sans doute les Louverture qui s’installent dans la ville et sa région au début des années 1800. (Quand Toussaint Louverture a pris le pouvoir en Haïti, les planteurs aquitains se sont enfuis à Cuba. Le héros de la révolte haïtienne qui a mis fin à l’esclavage a fini par être capturé et envoyé dans le fort de Joux dans le Jura où il est mort en 1803. Mais auparavant, il a pu accompagner ses deux fils à Bordeaux. L’un d’entre eux, Isaac, a vécu rue Fondaudège et il est enterré au cimetière des Chartreux.)

Le début du XIXe siècle marque la fin de cette première phase d’installation des Afro-descendants à Bordeaux, en raison de l’assimilation progressive des libres au reste de la population, du retour de nombreux créoles vers la nouvelle République d’Haïti et d’un certain durcissement du préjugé racial à l’époque napoléonienne.

Plaque située en façade de l’immeuble situé au 44 rue Fondaudège

  • 5) PORTRAIT DE TOUSSAINT LOUVERTURE


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  • 6) HISTOIRE DU BUSTE DE TOUSSAINT LOUVERTURE

  • 7) DESCRIPTIF DU MONUMENT

Le monument en bronze représente le buste de Toussaint Louverture, dans sa tenue militaire de général de division: avec des épaulettes, le haut col droit de la tunique, la bandoulière/baudrier de sabre/épée sur son épaule droite et un foulard autour du cou sur le col montant de sa chemise. Il est représenté tête nue sans tricorne, les cheveux tressés noués derrière la nuque. L'allure est droite et le regard au loin. La signature de l'artiste et la date de réalisation (2004) sont apposées derrière son épaule gauche. L’œuvre d'art en elle-même paraît bien réalisée et de bonne facture.

Le buste est placé sur un piédestal en pierre où une plaque de plexiglas précise son grade militaire - prénom - nom, une de ses citations:

« En me renversant, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l'arbre de la liberté, mais il repoussera car ses racines sont profondes et nombreuses ». (Ces mots sont ceux qu’aurait prononcés Toussaint Louverture, le 7 juin 1802 en direction du chef de division Jean Savary, à l'instant de monter sur le navire Le Héros, qui le déporte en France avec sa famille.). Ainsi que 3 lignes de synthèse le présentant brièvement...

Le square qui porte son nom a été réaménagé et inauguré le 11 mai 2019. Il met en valeur le buste et comporte des dalles présentant sa biographie et rappelle la participation du port de Bordeaux à la traite transatlantique. On trouve également au sol des flèches de métal avec les noms des lieux liés aux transport des esclaves.

  • 8) VUE DE LA SCULPTURE AVANT LE RÉAMÉNAGEMENT DU SQUARE

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  • 9) VUE DE LA SCULPTURE DE NOS JOURS

Remarques:

- Pour être précis concernant la "Traite négrière" dans son sens "large" et "exhaustif" du terme, il y aurait peut-être fallu préciser qu'il s'agissait de la participation de la France à l'une des 3 traites négrières: la "Traite Transatlantique"... (Sinon cela exclue historiquement de facto environ les plus de 30 millions d'autres esclaves noirs ayant subi les conditions des Traites Intra-Africaines et Arabo-Musulmannes...)

- Sur cette plaque, on peut noter un écart d’évaluation assez grand du nombre d'expéditions bordelaises: entre 393 et 500 expéditions. A t'on voulu prendre des précautions ni majorantes ni minorantes avec l'écart de +/- 107?

(Sachant que 500 est un chiffre étonnamment "rond" par rapport à 393...?)

- Le chiffre de 200 000 captifs déportés par les navires bordelais, cette fois donné sans écart, semble différent des autres sources (: https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/histoire, et des données inscrites sur le monument en mémoire de l'esclavage à Nantes...)

Les estimations sont parfois assez imprécises selon les sources, et le contexte pas toujours exhaustif selon comment on l’introduit... Ce n'est jamais "simple"...

=> Ceci n'enlève en rien bien évidemment le caractère grave et important du sujet, la participation du Port de Bordeaux au Commerce Triangulaire, et le symbole de ce buste de Toussaint Louverture...


  • M'ENFIN !?

ANECDOTES ET INFORMATIONS ANNEXES

  • À LIRE:

- «Toussaint Louverture», Sudhir Hazareesingh. Éditions Flammarion. 2020

- «Les Jacobins noirs», CLR James. Éditions Amsterdam. 1938. Réédition 2017

- «Toussaint Louverture: la Révolution française et le problème colonial», Aimé Césaire. Présence Africaine. 1960

- «Monsieur Toussaint», Édouard Glissant. Éditions Gallimard. 1998.

  • REVUE DE PRESSE

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  • Sources:

- https://media.izi.travel/ec8d3ce7-b219-41ad-a9bb-dbb091e87147/cca21a29-a5ef-42d3-9ed9-c20c3eee8bb9_800x600.jpg- https://ratuberita.co/rest-area-km-6-b-20156067- https://lewebpedagogique.com/bredmarecarree/carte-commerce-triangulaire/- https://revue.alarmer.org/notice/esclavage-et-traites-africaines/- https://www.pedagogie.ac-nantes.fr/medias/fichier/des-representations-de-la-traite-atlantique-a-travers-quelques-manuels-de-4eme_1559908752696-pdf- https://espace-mondial-atlas.sciencespo.fr/fr/rubrique-mobilites/carte-2C22-traites-negrieres-occidentale-et-orientale-viie-xixe-siecle.html- https://eu.usatoday.com/story/news/investigations/2019/02/08/1619-african-arrival-virginia/2740468002/- https://www.reddit.com/r/MapPorn/comments/8m2nbr/origins_and_destinations_in_the_atlantic_slave/- https://fr.wikipedia.org/wiki/Traite_orientale- https://fr.wikipedia.org/wiki/Commerce_triangulaire- https://fr.wikipedia.org/wiki/Esclavage_en_Afrique- 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https://www.retronews.fr/journal/les-contemporains-1892-1914/31-juillet-1898/1069/3985231/1?from=%2Fsearch%23allTerms%3D%2522toussaint%2520louverture%2522%26sort%3Ddate-asc%26publishedBounds%3Dfrom%26indexedBounds%3Dfrom%26page%3D78%26searchIn%3Dall%26total%3D2680&index=1866- Archives du Journal Sud-Ouest
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