BUSTE DE TOUSSAINT LOUVERTURE

> NATURE/CONSTRUCTION:   Buste en bronze, piédestal en pierre.

> ÉTAT:   Toujours visible 

Coordonnées GPS:

44.84742, -0.56471

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=> la CARTE:

Avant de commencer cette page dédiée au buste de Toussaint Louverture, dans un contexte parfois "tendu" de réactions tranchées et de polémiques, il est important de fixer un cadre et l'angle d'approche du sujet. Cette page, comme la quasi centaine d'autres pages de ce site sur les statues/bustes de Bordeaux, ne se destine qu'à décrire la sculpture, dépeindre le sujet sculpté et le contexte/l'histoire ayant amené à la création de cette œuvre. Le contenu de cette page est élaboré (autant qu'il soit possible, et pensé dans ce sens) sans jugement ni avis personnel, en essayant de ne se baser que sur les faits, les données et les documents disponibles (dans l'esprit premier de ce site: répondre factuellement du mieux possible aux questions "QQOQCCP").

L'angle d'approche du sujet se veut donc au début aussi large que possible, puis focalisé, au fur et à mesure, sur les circonstances et événements de cette partie bornée dans le temps de l'Histoire du port de Bordeaux (principalement au XVIIIe siècle)...

Avant tout jugement sur le contenu de cette page, (comme spécifié dans la rubrique "§Contact" de ce site), je ne suis ni historien ni guide, et je ne revendique humblement aucune exactitude à 100% des éléments. Mais ayant de principe à cœur de bien faire, si un(e) info/document/image n'est pas correct(e)/non sourcé(e), vous pouvez toujours m'en faire part via la rubrique §Contact, en comptant sur votre tact et votre bienveillance pour laisser le bénéfice du doute).

(Remarque: Certains termes et dénominations utilisé(e)s, le seront sans connotation, mais uniquement à replacer dans le contexte historique, pour narration.)

Pour approfondir et consulter le travail de vrais professionnels sur ce sujet, il est possible de consulter le parcours mémoriel (https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/parcours-memoriel) et de visiter le Musée d'Aquitaine qui lui a consacré une grande partie de sa surface d'exposition. Ce lieu dédié relate et traite le sujet de l'Esclavage mieux qu'il ne sera jamais possible de le faire dans cette seule simple page.

Cette page ne sera donc qu'un "aperçu" succinct du sujet, qui n'a avant tout pour but simplement que d'introduire le buste de Toussaint Louverture...

(Pour des raisons de gain de temps de rédaction et d'illustration, il sera fait majoritairement appel à des cartes qui donnent une vue plus directe et plus globale... Attention: Les historiens ayant parcourus de nombreuses archives (non exhaustives), avancent des chiffres parfois différents, à ne pas prendre sans "recul".

Par souci de traçabilité, les sources et les références seront laissé(e)s sur les graphiques, en plus de tous les liens-sources consultables en fin de page...)


Du latin médiéval sclavus, le mot « esclave » est apparu à Venise durant le Haut Moyen-Age, la majorité des esclaves étant alors des Slaves des Balkans, d’une région par la suite renommée « Slavonie » (actuelle Croatie).

L’esclavage est l’état d’une personne se trouvant sous la dépendance absolue d’un maître qui a la possibilité de l’utiliser comme un bien matériel.

Il est privation de liberté (physique, d’expression…) de certains hommes par d’autres hommes, dans le but de les soumettre à un travail forcé, généralement non rémunéré ou conditionné par une dette initiale insurmontable. Juridiquement, l’esclave est considéré comme propriété de son maître. Il peut être à ce titre acheté, loué ou vendu comme un objet, un « meuble« . (cf. Le Code Noir)




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L’esclavage, selon l’UNESCO, est l’état ou condition sociale  d'un individu sur lequel s’exercent les attributs du droit de propriété ou de certains d'entre eux. Ce phénomène est identifié par la possession ou le contrôle d’un autre individu, sa coercition et la réduction de sa mobilité et par le fait que cette personne ne soit pas libre de partir ou de changer d’employeur.

La "traite" s'entend comme le commerce d'êtres humains pouvant être échangés contre des marchandises avant leur mise en esclavage.

L’esclavage est internationalement interdit par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Il n’en a pas pour autant disparu et persiste à ce jour sous des formes très variées : servitude pour dettes, servage, fausses adoptions, asservissement de femmes mariées, prostitution forcée, etc...


Quoi de plus troublant que de constater, pourtant, qu’aussi loin que remonte l’Histoire, elle nous offre le spectacle de l’asservissement de l’homme par l’homme? Les préhistoriens relèvent des traces de l’esclavage aussitôt que commence la sédentarisation: avec la révolution néolithique, il y a environ 12 000 ans. Il se généralise avec l’émergence des premières cités-États, au IVe millénaire av. J.-C.: comme s’il était consubstantiel à l’apparition de la civilisation.

> L’esclavage existe ainsi sur tous les continents depuis que les hommes se sont organisés en société, où certains dominent les autres...

L’esclavage a existé de tout temps, au sein de nombreux peuples (Égyptiens, Romains, Ottomans, Moyen Orient, Afrique, Chine, États-Unis, colonies occidentales, Amérique précolombienne et en Extrême-Orient).

Dès l’antiquité, les Égyptiens, les Grecs et les Romains faisaient de leurs prisonniers de guerre des esclaves. A l’époque, les esclaves étaient « blancs ». Les étrangers et ceux qui ne pouvaient honorer leurs dettes devenaient également esclaves.

Chez les Romains, le même mot désignait à la fois l’esclave et l’étranger. Au 2e siècle, il y avait 20 000 citoyens libres pour 400 000 esclaves.

VIKINGS
ÉGYPTIENS
ROMAINS
CHINOIS
GRECS
OTTOMANS ("TURCS")
AZTÈQUES
LES 3 TRAITES D'ESCLAVES AFRICAINS(cf. §2 > les protagonistes incriminés)

La capture d’esclaves sera l’enjeu même des guerres menées au Proche-Orient par les premiers empires, et qui viseront à s’emparer d’un maximum de captifs destinés à servir de main-d’œuvre pour l’économie productive et pour la construction des grands ensembles monumentaux, des tombeaux, des palais et des temples dont les vestiges font notre admiration.

Il y eut notamment au Moyen Âge une Traite Viking comme il y avait une "traite islamique et transsaharienne" ; la capture et le commerce des esclaves furent le lot commun de l’Afrique bien avant que l’arrivée des Européens ne donne le départ de la "traite atlantique" (voir §2.1)...

Ci-contre les raids Vikings (les Danois) ayant attaqué 4 fois la ville de Bordeaux. Vers 830, des groupes plus nombreux pénètrent plus profondément et plus loin dans le pays. Ils s'emparent des pauvres qu'ils emmènent comme esclaves. Les Vikings étaient des esclavagistes, et le rapt, la vente et l’exploitation forcée d’êtres humains ont toujours été un pilier central de leur culture. On suppose que l’esclavage était l’une des principales motivations derrière les pillages...

 => Extrait du site de l'Assemblée Nationale: https://www2.assemblee-nationale.fr/14/evenements/2016/abolition-de-l-esclavage-1794-et-1848/chronologie

« L'esclavage est une période de l'histoire universelle qui a affecté tous les continents, simultanément parfois, ou en succession. Sa "genèse" est la somme de tout ce qui est advenu pendant un temps indéterminé dans divers lieux. La traite africaine des esclaves vers le Maghreb, puis en Europe, qui est à l'origine de l'esclavage en Afrique noire, n'a fait que prendre la relève des traites qui duraient depuis des siècles en Asie, sur le continent européen et autour de la Méditerranée. Les Slaves ont fourni leur contingent de "slaves", les Esclavons, d'esclaves, nos ancêtres les Gaulois vendaient régulièrement leurs captifs d'Angleterre aux Romains, les Vikings en capturaient et en vendaient au long de leurs cabotages. Pirates musulmans et chrétiens se capturaient mutuellement... L'esclavage était amorcé depuis longtemps et il faudrait, pour l'expliquer en Afrique, en expliquer l'apparition sur le continent euro asiatique. Pourtant c'est paradoxalement en Afrique, le dernier des contingents ayant fourni la traite, que l'on cherche encore une explication originelle à l'esclavage... »

Claude MEILLASSOUX, Anthropologie de l'esclavage, le ventre de fer et d'argent -PUF 1986.

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L'asservissement et la mise en esclavage des populations africaines a commencé bien avant l'arrivée des Européens sur les côtes africaines qui a donné naissance à la "Traite atlantique". Les historiens identifient ainsi trois principales traites esclavagistes ayant réduit en captivité des populations africaines. Elles ont abouti à la déportation de plusieurs dizaines de millions de personnes (selon des estimations parfois contestées), et concernent des périodes de longueur très différentes...

Sujet très délicat si il en est, où comprendre et discerner l'ampleur de l’implication des protagonistes revient à marcher sur des œufs, et/ou souffler sur des braises... Le site https://www.jeuneafrique.com/496580/societe/le-tabou-de-la-traite-negriere-arabe titrait sur ce même lien:

 "La traite négrière est triple : l’occidentale (la plus dénoncée), l’intra-africaine (la plus tue) et l’orientale (la plus taboue)...".

Ci-après une définition de ces 3 traites:


> la " TRAITE INTRA-AFRICAINE ": environ 14 millions de déportés  (Elle alimentait notamment les deux autres traites.)


Elle a porté essentiellement sur la population africaine et la mise en esclavage de prisonniers de guerre entre États Africains. Alimentée ainsi par les razzias et ces guerres, elle a fourni de tous temps des domestiques, porteurs, ouvriers agricoles.

Elle a été des plus répandues dans les sociétés africaines bien avant l’arrivée des arabes et des occidentaux et bien après leur départ...

(Le nombre de victimes ne peut être estimé précisément en l’absence de sources écrites, mais il est considérable, "plusieurs dizaines de millions" selon le site: https://memorial.nantes.fr/l-esclavage-et-les-traites-negrieres/#contenu). 


Peu connues, souvent confondues avec les traites musulmanes, les « traites internes » concernent le commerce des esclaves au bénéfice des souverains et des familles dirigeantes d’Afrique noire. Cette traite, qui accompagne les caravanes de l’or, du sel, des chevaux, porte indifféremment sur des Arabes et des Abyssins. Produits de luxe, les esclaves sont employés à la cour comme eunuques, danseuses ou concubines. Le commerce alimentaire urbain est l’affaire de femmes esclaves, qui peuvent en outre être soumises au travail agricole. En effet, il existait également, dans la région sub-sahélienne, de grandes plantations esclavagistes, cultivées par des esclaves achetés individuellement ; parallèlement, des tribus étaient soumises à une servitude collective sur leur territoire. C’est tout un système qui est ainsi fondé sur l’exploitation du corps des esclaves, pour la production, le divertissement ou la richesse. Une société esclavagiste se développe ainsi, dans le sillage de la guerre et du commerce caravanier...


> La " TRAITE OCCIDENTALE "  (ou "Commerce Triangulaire" ou "Traite Trans-Atlantique" ou "Traite européenne" ou "Traite coloniale européenne")

Environ 12,5 millions de déportés  (dont 90 % sur 110 ans principalement au XVIIIe siècle).

Elle débute au 15e siècle lorsque les Portugais commencent à acheter des hommes sur les côtes d’Afrique qu’ils explorent alors. La découverte du Nouveau Monde et sa colonisation par les grandes puissances maritimes Européennes accélèrent le processus de façon exponentielle. L’exploitation des richesses et des territoires de l’Amérique demande une main d’œuvre abondante pour alimenter mines et plantations. Reliant ainsi l'Europe, l'Afrique et l'Amérique, pour la déportation d'esclaves africains, d'abord troqués en Afrique contre des produits européens, puis en Amérique contre des matières premières coloniales.


> La " TRAITE ORIENTALE " (qui englobe la "Traite arabe" ou "Traite Islamique" ou "Traite arabo-musulmane" qui en était la composante principale) 

(Faute de documentation suffisante les historiens ne sont pas toujours d'accord sur le nombre d'esclaves des traites orientales) environ 17 millions de personnes auraient été réduites en esclavage pour fournir ces régions du monde pendant plus de treize siècles...

Elle a commencé en 652, vingt ans après la mort de Mahomet, et s’est poursuivie jusqu’à la fin du 19ème siècle. Par leur ampleur et leur durée, les « traites orientales » organisées par les négriers Musulmans constitueraient sans doute, d'un point de vue quantitatif, la plus importante des trois traites négrières. (Selon le magasine L'HISTOIRE: https://www.lhistoire.fr/la-traite-oubli%C3%A9e-des-n%C3%A9griers-musulmans-0)

Ces esclaves provenaient principalement d'Afrique subsaharienne, d'Afrique du Nord-Ouest, d'Europe méditerranéenne, des pays slaves, du Caucase et du sous-continent indien, et étaient importés au Moyen-Orient, au Proche-Orient, en Afrique du Nord, dans la corne de l'Afrique et dans les îles de l'océan Indien.  La plus grande partie des voyages des captifs se faisaient par voie terrestre, certains trafics se faisant par contre à travers la mer Rouge ou l'océan Indien.

Concernant cette "Traite Orientale", par manque de données (comme expliqué ci-dessus) après plusieurs recherches dans différentes langues, il n'a pas été possible de trouver des vues/cartes avec des estimations chiffrées, mais seulement avec des routes/flux et des villes...


La "Traite Arabe", qui a précédé la traite européenne, empruntait les voies d'acheminement en provenance du Ouadaï et du Darfour par le Nil, de la partie occidentale de l'Afrique par le Sahara vers les villes arabes de l'Afrique, du centre de l'Afrique vers les Comores, les Mascareignes et le Brésil. L'Empire ottoman était un centre de redistribution de main-d’œuvre servile. La voie d'approvisionnement de la Russie jusqu'à Moscou traversait, depuis l'Empire ottoman, la Valachie, la Moldavie et la Petite Russie.

Cette carte ci-après détaille les flux des deux traites: "Orientale" & "Occidentale", selon les continents concernés.

Par la suite, un focus sera fait sur la seule "Traite Occidentale" pour situer et cadrer avec le sujet/contexte du Buste de Toussaint Louverture. (Ceci, de principe, n'a bien évidemment pas pour but d’occulter ni minimiser les 2 autres traites)...

La "Traite Atlantique" a été en partie rendue possible par le caractère esclavagiste de la société africaine notamment dans les grands empires sahéliens médiévaux. De nombreux royaumes ont collaboré à la traite européenne. (Source: https://www2.assemblee-nationale.fr/14/evenements/2016/abolition-de-l-esclavage-1794-et-1848/chronologie)

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La "Traite atlantique" utilise des routes commerciales dont le tracé forme un triangle entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. À ce titre, on parle de "Commerce Triangulaire".

• Des navires européens (appelés "bateaux négriers"), partent d'Europe chargés de produits européens: textile, des fusils, de l'alcool, des bijoux, etc.

• En Afrique, ils échangent auprès des chefs locaux africains leurs produits européens contre des esclaves.

• Les esclaves traversent ensuite l'océan Atlantique et sont vendus en Amérique.

• Le gain réalisé par la vente des esclaves permet d'acheter des produits coloniaux : sucre, café, cacao, indigo, etc.

• Ces produits sont ensuite transportés et vendus en Europe.

• Les armateurs réalisent d'importants profits. 


Extrait de document exposé au Musée de la ville de Nantes: Au 16e siècle, la côte africaine est parsemée de comptoirs de traite, où les captifs s'échangent contre les produits regroupés dans les ports négriers européens. Si les comptoirs sont positionnés sur la côte, les navires européens restent le plus souvent dans la rade, et peu nombreux sont les marins qui descendent à terre. La relation avec les représentants des rois, et avec les rois eux-mêmes, est un privilège réservé au capitaine du navire, tout comme le fait d'être accueilli dans leur palais.

Extrêmement codifiées, les transactions nécessitent l'intervention de nombreux acteurs politiques et commerciaux, européens et locaux, accompagnés de traducteurs ou parlant eux-mêmes plusieurs langues.

Tous pays confondus, la "Traite Atlantique" permit l'enrichissement de ceux qui se livrèrent à ce commerce : 

• Les chefs locaux africains qui livraient les esclaves aux Européens, qui bénéficiaient des produits européens et devenaient plus puissants.

• Les chefs de plantations, ou colons, en Amérique, qui bénéficiaient d'une main-d’œuvre gratuite et les économies coloniales prospéraient par l'utilisation des esclaves.

• Les armateurs européens ainsi que les capitaines des "navires négriers" s'enrichissaient grâce à ce commerce.

• Cet enrichissement profitait aux villes portuaires de l'Atlantique dont l'activité commerciale augmentait fortement.

• Les États européens encourageaient ce commerce en donnant des primes ou des monopoles à des compagnies commerciales.

> L'Afrique, quant à elle, était privée d'une partie importante de sa population...

S’il est possible de savoir quelles régions fournissaient le plus d’esclaves, il ne semble pas exister réellement de chiffres fiables et de recensement des régions d’origine des personnes réduites en esclavage.

Les négriers se « servaient » en effet "autour d’eux" mais aussi de plus en plus loin au fur et à mesure de l’accroissement de la demande...

Ci-dessous des chiffres associés aux régions de départ des esclaves de la traite Atlantique (Source : Atlas des esclavages, Marcel Dorigny, Bernard Gainot ; cartographie Fabrice Le Goff)

On trouve quelques chiffres partiels dans l’article Le nombre d'esclaves africains importés en Europe et en Amérique, (J. Houdaille, Population, 1971, 26-5), mais l’auteur n’en donne pas la provenance : Il est encore plus difficile d'étudier la provenance de ces esclaves africains, car les noms d'ethnies et les régions indiquées par les négriers des différentes époques ne coïncident pas toujours. Voici cependant ci-après quelques résultats généraux en pourcentages (voir tableau ci-après). Ces estimations ne portent que sur quelques groupes d'esclaves.

Pour les traites anglaises et françaises, les documents permettent de suivre une évolution au XVIIIe siècle. La part de l'Afrique centrale (Angola et du Sud-Est Mozambique) ne cessa d'augmenter, car les négriers éprouvaient de plus en plus de difficultés à s'approvisionner dans le nord de l'Afrique. Au XIXe siècle, l'apport du Mozambique au Brésil devint important.

L’Afrique de l’Ouest fut la principale pourvoyeuse d’esclaves : « La traite atlantique a atteint son apogée à la fin du XVIIIe siècle, lorsque le plus grand nombre d'esclaves ont été capturés lors d'expéditions dans l'intérieur de l'Afrique de l'Ouest. L'augmentation de la demande d'esclaves due à l'expansion des puissances coloniales européennes vers le Nouveau Monde a rendu la traite négrière beaucoup plus lucrative pour les puissances ouest-africaines, ce qui a conduit à la création d'un certain nombre d'empires ouest-africains prospérant sur le commerce des esclaves.

Ceux-ci comprenaient l'empire Oyo (Yoruba), l'Empire Kong, l'Imamat du Fouta-Djalon, l'Imamat de Fouta-Toro, le Royaume de Koya, le Royaume de Khasso, le Royaume de Kaabu, la Confédération Fante, la Confédération Ashanti et le royaume de Dahomey.

Ces royaumes s'appuyaient sur une culture militariste de guerre constante pour générer le grand nombre de prisonniers humains requis pour le commerce avec les Européens » Article Esclavage en Afrique, Wikipedia

Mais sur le temps long de la traite, la plupart des régions sont touchées, comme l’explique Luiz Felipe de Alencastro dans l’article « Traite des noirs » de l’Encyclopædia Universalis (en ligne sur les postes informatiques de la BML).

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S'il est certain que les migrations forcées furent plus lourdes en Afrique occidentale et centrale, toutes les autres régions ont été touchées à des degrés divers. C'est vers la fin du XVIIIe siècle que les migrations forcées ont atteint leur apogée, avec des moyennes annuelles de 100 000 individus transportés outre-mer. Ce niveau élevé s'est maintenu au début du XIXe siècle. On assiste alors à un déplacement des zones de capture d'esclaves : du littoral vers l'intérieur, et de l'ouest vers l'est du continent.

La branche du trafic située en Afrique orientale – qui a duré un siècle – reposait sur deux débouchés principaux:

Sur la carte ci-dessous, selon la légende quantifiée, on remarque bien évidemment d'emblée que la majorité des expéditions sont à destination du continent Américain (vers les "possessions européennes" en Amérique du Nord & du Sud=> Voir §2.5).

On note aussi les transits vers l'Afrique du Nord (Maroc/Tunisie/Libye/Égypte), vers la Péninsule Arabique (Arabie/Yémen), la Turquie, et l'Inde.

On voit également enfin, des flux certes "moindres en nombre" en comparaison avec les autres, mais existants, vers l'Europe de l'Ouest (Angleterre, Espagne, France, Portugal, Italie...), mais aussi vers les région des plantations de l'île de la Réunion et l'île Maurice.

Sur les deux cartes ci-dessous, on peut se rendre compte du nombre de personnes en fonction de la taille proportionnelle des cercles.

Ensuite, dans chaque cercle, on peut trouver proportionnellement l'origine et la destination selon les couleurs en légende.

Selon les données ci-dessous, concernant le seul cas particulier de la "destination Europe", le nombre d'esclaves y ayant été amenés, varie approximativement entre 9000 - 10 797.

Pour tous pays européens confondus, l'ampleur de leur implication dans le Commerce Triangulaire peut éventuellement être plus estimable via le nombre expéditions/bateaux et la quantité de personnes transportées fonction des armateurs & des destinations dans les possessions territoriales (voir §2.5)...

Sur cette représentation ci-dessous, fonction des destinations, on peut se rendre compte des possessions Anglaises / Portugaises / Françaises / Espagnoles / Hollandaises sur le continent américain, de leur importance en surface de territoire, et les ports concernés.

On y voit également en bas dans le "camembert" la répartition de l'origine des esclaves africains qui ont été amenés en Amérique du Nord...


(ATTENTION: Ces chiffres sont des estimations à prendre avec précaution. Selon les sources et documents, on peut trouver des nombres différents...D'autres sources par exemple, donnent les États-Unis en nombre d’esclaves à 0.3M au lieu de 0,1M...)

Le cas de l'Espagne par exemple est plus compliqué dans l'établissement d'un "décompte": L'Espagne était une grande "utilisatrice" d'esclaves dans ses colonies des Caraïbes et d'Amérique du Sud, mais elle a beaucoup "sous-traité" l'approvisionnement en esclaves à d'autres puissances par le système de l' "asiento de negros". La plupart sont arrivés tour à tour dans des navires portugais, génois, néerlandais, français, britanniques et basques....

=> Concernant les Pays Européens:

Estimation en Nombres d'esclaves déportés

Les puissances maritimes de l’Europe participèrent toutes à l’activité négrière. Quatre pays assurèrent plus de 90 % de l’ensemble de la traite atlantique : le Portugal, avec 4,650 millions de captifs transportés, suivi de l’Angleterre (2,6 millions), de l’Espagne (1,6 million) et de la France (1,25 million).

Le cas du Portugal est exceptionnel : petite puissance, il joua le rôle majeur dans le peuplement africain du continent américain. Premiers à installer des comptoirs en Afrique dès le XVe siècle, les navigateurs portugais s’imposèrent à l’intérieur d’immenses territoires (Angola, Mozambique). Possesseurs du Brésil, ils en firent un acteur du commerce négrier. Mieux vaudrait parler de traite lusobrésilienne.

Comme vu plus haut, la place de l’Espagne, modeste au regard de son empire américain, s’explique par le recours systématique à la traite étrangère (Portugal, Angleterre, Hollande) via l’asiento. L’essentiel de la traite dite espagnole fut en fait assuré par Cuba au XIXe siècle.

Proportions chiffrées du Nombre d'expéditions par port Européen.

(Carte très probablement non exhaustive, il manquerait, entre autres de toute façon tous les ports d'où sont partis de 10 expéditions ou moins, et par exemple, l'Italie avec Venise et Gènes. Notons aussi à part, la Suède avec le Port de Gustavia de l'île de Saint-Barthélemy).

La traite négrière n’échappa pas à la rivalité pluriséculaire entre la France et l’Angleterre, mais selon une chronologie décalée. Au total, la traite anglaise a assumé à elle seule près de 10 000 expéditions négrières, alors que sa rivale française en organisa à peine plus de 3700. La prépondérance anglaise en ce domaine est à la mesure de sa domination maritime, beaucoup plus que de sa puissance coloniale proprement dite. L’Angleterre joua le rôle de courtier pour la plupart des puissances esclavagistes qui eurent recours à elle pour ravitailler leurs plantations. L’exemple du flux négrier vers la Jamaïque est révélateur de ce rôle redistributeur joué par la traite anglaise : jamais la Jamaïque n’eut plus de 230 000 esclaves sur ses plantations au plus fort de son activité sucrière, alors que Saint-Domingue en avait plus de 550 000 en 1789. Pourtant, il apparaît clairement que ce fut la grande île anglaise qui reçut le plus grand nombre de captifs, mais ils étaient en grande partie revendus aux planteurs en déficit chronique de main-d’œuvre : États-Unis, Louisiane, Cuba, mais également Saint-Domingue, insatiable dévoreur d’esclaves.

À l’opposé, la traite française, même à son apogée dans les années 1780, ne fut jamais capable d’assurer seule l’approvisionnement en esclaves des colonies antillaises de la France, malgré les primes versées aux armateurs par tête d’esclave importé. Le primat sucrier de Saint-Domingue exigeait une ouverture, légale ou par l’interlope, aux traites étrangères : elle fut principalement anglaise, au-delà de la rivalité entre les puissances.

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D’abord état de fait, l’esclavage pratiqué dans les colonies européennes entre la fin du XVe siècle et le XIXe siècle répondait au vide humain créé par l’extermination des Indiens. Mais le ravitaillement en esclaves supposait ce commerce régulier entre l’Afrique et les colonies d’Amérique:  la traite des Noirs. Légalisée, structurée, voire encouragée par des primes, la traite négrière fut donc une pratique légale, dès la fin du XVe siècle pour les puissances ibériques et plus tardivement pour les nouveaux venus dans le Nouveau Monde. Pour la France, elle a été légalisée en 1642, par un édit de Louis XIII, et l’esclavage lui même fut encadré par la loi tardivement, en 1685 par le Code noir français - en 1786 pour les colonies espagnoles.

Depuis 2006, le 10 mai est la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions. Notre pays est d'ailleurs le seul à avoir pris cette initiative, comme il est le seul à avoir reconnu la traite négrière et l'esclavage comme un crime contre l'humanité. Comme l'a souhaité Jacques Chirac, alors Président de la République, « au-delà de l'abolition, c'est l'ensemble de la mémoire de l'esclavage longtemps refoulée qui doit entrer dans notre histoire ».



ATTENTION: Encore une fois les sources ne coïncident pas toutes. Ci-dessus et ci-dessous ont été justement prises trois sources avec des chiffres parfois différents pour justement illustrer que certains "décomptes" sont parfois à considérer à la "dizaine d'unité" en nombre d'expédition (attention aussi à la plage de dates étudiées)...

=> Néanmoins, malgré l'écart des chiffres des expéditions de ces sources, une comparaison rapide laisse au final le même "ordre/rang d'importance" de chacun des ports français => Voir le "camembert" ci-après pour un "ordre croissant" en nombre d'expéditions.

Le sous-texte du tableau ci-dessous et ce "camembert" ci-dessous permettent aussi de lister les ports plus exhaustivement, comprenant notamment ceux dont les expéditions ont été inférieures à 10...

Comme vu précédemment, ceci est un décompte du nombre d'expéditions, cela donne une idée générale mais la capacité des bateaux étant inégale, cela ne donne pas directement le nombre de personnes qui ont été emportées  par bateaux issus de chacun de ces ports...

La traite fut interdite par la convention de Vienne en février 1815, interdiction confirmée pour la France par une loi du 15 avril 1818. Pourtant, la traite, qui avait repris une activité au grand jour sous le Consulat (83 expéditions françaises), s’est poursuivie jusqu’aux débuts des années 1850 : 674 expéditions négrières ont été recensées. La répartition des ports est à peine différente de celle de l’époque de la traite légale, sous réserve de l’origine des 114 expéditions dont le port de départ est inconnu et de l’apparition d’une traite au départ de Guadeloupe et de Bourbon.

Cette activité illégale se pratiquait au vu de tous, au grand scandale des mouvements abolitionnistes. De même, l’application du traité international se heurtait au refus français des « visites » des navires suspects. L’accord franco-anglais de novembre 1831, reconnaissant le droit de visite pour la répression de la traite illégale, fit reculer la traite française, sans toutefois l’interrompre.

Il n'est pas facile de trouver des données pour les seuls ports français, voici néanmoins une vue proposée au mémorial de l'esclavage dans la ville de Nantes:

 > Quels étaient les trajets empruntés par ces navires français, l'origine des esclaves africains embarqués, et leurs destinations:


Avant de commencer par aborder ce pan de l'Histoire de Bordeaux, refaisons un point pour resituer et recontextualiser les faits/chiffres...

Au cours de ces nombreuses et longues années sombres de l'Histoire:

> La traite des esclaves africains s'est composée (à des époques & niveaux différents) de la "Traite Orientale" (env. 17 millions de déportés), de la "Traite Intra-Africaine" (env. 14 millions de déportés), de la et donc de la "Traite Occidentale" responsable d'environ 12,5 millions de déportés.


>> Lors de cette "Traite Occidentale" (du 15ème au 19ème siècle), la France a pris part dans ce "Commerce Triangulaire" en 4ème rang des pays européens derrière dans l'ordre: le Portugal, La Grande Bretagne, et l'Espagne.   (ou 3ème, selon les considérations du cas de l'Espagne).


>>> En France, le port de Bordeaux est le 4ème port français en terme de nombre d'expéditions & d'esclaves déportés, (dans l'ordre) loin derrière Nantes, puis ensuite La Rochelle et Le Havre. (Le "commerce en droiture" représentant plus de 95% du commerce colonial bordelais.)


> Selon le site officiel https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/histoire, la Traite bordelaise représenterait environ 480 expéditions recensées entre 1672 et 1837. (Si on prend comme nombre approximatif: 34 850 expéditions européennes dont 3804 expéditions françaises):

>>> Le port de Bordeaux représenterait environ 12,6% du nombre d'expéditions françaises et 1,4% du total des expéditions Européennes


> Toujours selon le même site, jusqu'à 150 000 captifs auraient été concernés par la Traite bordelaise. (Si on prend comme nombre approximatif: 1,3 millions d'esclaves déportés par la France, et un total de 12,5 millions d'esclaves ayant été victimes de la "Traite Occidentale"):

>>> Le port de Bordeaux représenterait environ 11,6% du nombre d'esclaves du Commerce Triangulaire Français et 1,2% du total d'esclaves de la "Traite Transatlantique" par les pays Européens.


ATTENTION: Les chiffres et pourcentages ci-dessus sont à prendre avec du recul pour ne considérer qu'une tendance approximative uniquement à titre d'idée globale... NOTE: A titre d'exemple pour simple information, les estimations ci-dessus de 480 expéditions & 150 000 esclaves ont été retenues par le site de Bordeaux. En parallèle les chiffres "officiels" notés sur le mémorial de l'esclavage à Nantes, concernant Bordeaux, sont de 419 expéditions & 135 000 esclaves...

=> De principe, par "précaution", pour le calcul de ces pourcentages estimatifs ci-dessus, il a été retenu des chiffres "majorants"...)

(=> Vous pouvez naviguer dedans vers le bas et les colonnes à droite....)

BORDEAUX.xlsx

Bordeaux occupa pendant deux siècles une place de choix dans la géopolitique coloniale de la France : c’était le port atlantique par excellence, bien placé pour rejoindre les Antilles, mais également proche de l’Espagne et du Portugal, les deux premières colonisatrices du Nouveau Monde...

De plus, Bordeaux était de longue date en relations commerciales régulières avec l’Angleterre, notamment pour la fourniture des vins : la fréquentation des armateurs anglais, hautement spécialisés pour la traite négrière, contribua encore à orienter la ville vers ce négoce qui hélas ne semblait pas alors frappé d’ignominie. Ainsi Bordeaux fut un port polyvalent, croisant les activités lucratives les plus diverses au sein desquelles la traite apparaissait jadis comme une activité commerciale honorable, au même titre que l’importation du sucre ou l’exportation des blés...

C'est à cette période "faste" que Bordeaux vit la construction de nouveaux Hôtels/Bâtiments/Portes

4.2) DÉTAILS DE L’ACTIVITÉ À BORDEAUX

(Extraits du site officiel © Mairie de Bordeaux 2022 : https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/histoire: Julie Duprat, conservatrice, auteure de la thèse intitulée "Minorités noires à Bordeaux au XVIIIe siècle (1763-1792)" :

En France, Nantes est donc le port négrier le plus important avec plus de 1470 expéditions. Il est suivi d’assez loin par La Rochelle, Le Havre-Rouen et Bordeaux qui ont organisé chacun entre 400 et 500 expéditions. Le régime de "l'exclusif" interdit aux colonies de commercer avec les pays étrangers, ce qui va fortement profiter aux négociants bordelais.

Ceux-ci pratiquent principalement le commerce en ligne directe avec les Antilles, appelé "commerce en droiture". Ce commerce est beaucoup moins risqué que les voyages "circuiteux" ou triangulaires fondés sur la Traite des Noirs. (...). Sur l'ensemble du siècle, le commerce en droiture représente plus de 95% du commerce colonial bordelais.

Ce n'est donc pas tant la Traite des Noirs qui enrichit Bordeaux que le commerce de denrées coloniales produites par les esclaves. (...). Bordeaux a donc plus vécu des produits de l'esclavage, que de la "Traite des noirs" proprement dite, ce qui n'est pas plus moral...

L'essentiel du commerce bordelais se fait avec la grande île de Saint Domingue qui est, à la fin du XVIIIème siècle, cinq fois plus peuplée et produit sept fois plus que chacune des autres îles des Antilles françaises.

Saint-Domingue entretient des liens privilégiés avec l'Aquitaine, qui lui a fourni le plus de migrants : bon nombre de planteurs qui possèdent des esclaves sont originaires de la région. L'île accapare alors plus de 75% du commerce colonial de Bordeaux et attire huit passagers sur dix. 

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La traite des esclaves se faisait le plus souvent par l’intermédiaire de marchandises et non de monnaie. La carte de la répartition des origines de ces marchandises de traite met en lumière l’éparpillement géographique des lieux de leur production.

Les tissus venaient aussi bien de Hambourg que de Rouen, d’Amsterdam ou du pays nantais, les armes de Londres ou de La Rochelle, les métaux bruts de Hollande, alors que vins et eaux-de-vie étaient trouvés à proximité.

Une « Europe négrière » se dessine ainsi à travers l’inventaire d’une cargaison de traite, montrant les solidarités profondes qui unissaient de nombreux secteurs d’activité, en apparence fort éloignés de l’« odieux trafic ».

La ventilation des marchandises embarquées reflète la nature habituelle des transactions sur les côtes d’Afrique : les tissus, de bonne qualité, représentaient toujours plus de 50 % de la valeur d’une cargaison ; venaient ensuite les armes, de plus en plus à feu pour répondre aux exigences des traitants, puis les alcools et les tabacs, nécessaires aux bonnes relations avec les Africains ; enfin les métaux, le plus souvent en barres. La place des fameuses « pacotilles », supposées de faible valeur mais recherchées par des « rois africains » crédules, est quasi nulle : le commerce négrier se faisait sur la base d’un échange de valeurs d’usage égales aux yeux des deux partenaires du marché, le vendeur et l’acheteur...

La Traite bordelaise d'esclaves africains est pratiquée par près de 180 armateurs bordelais, dont seule une minorité a organisé plus d’une dizaine d’expéditions.

Les armateurs venaient d’horizons très différents : des catholiques, des protestants, des juifs et des franc-maçons. Les maisons Gradis, Nairac, Couturier, Laffon de Ladebat sont les plus importantes.

(voir ce lien: https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/portraits).

Mais la majorité n’a financé qu’entre deux et cinq expéditions. Pour la Traite comme pour le commerce en droiture, plusieurs négociants se regroupent alors pour prendre des parts sur la cargaison et partager ainsi les risques et les bénéfices.

On peut considérer que plusieurs milliers de Bordelais ont participé directement ou indirectement à ce trafic d’être humains.

Des chercheurs du CNRS ont mis en ligne une base de données recensant le nom d'anciens esclavagistes et les indemnités, parfois considérables, auxquelles ils ont eu droit. On y retrouve des noms de Bordeaux, comme les familles Gradis, Balguerie, ou encore Journu. https://esclavage-indemnites.fr/public/Recherche/

Certains naissent ainsi parfois avec un patronyme "lourd d'Histoire"... Voir cet exemple rapporté sur le site de France 3 Nouvelle Aquitaine: https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/axelle-balguerie-il-faut-eviter-stigmatiser-noms-descendants-armateurs-negriers-1340293.html.

Un "amalgame/stigmatisation" des descendants, par le patronyme, à cause des "fautes" d'ancêtres fait-il sens ? Sur un arbre généalogique complet de plusieurs siècles, jusqu'à la naissance même des patronymes, nul ne peut jurer d'avoir eu tous ses ancêtres qui se soient tous, de tous temps et sans aucune exception, montrés dignes et justes selon les lois et critères de la société d'aujourd'hui. Et quoi qu'il en soit, l'héritage d'un nom de famille ne se choisit pas soi-même à la naissance, tout comme on ne choisit ni ses parents, ni ses ancêtres, ni donc la connotation de ce patronyme...

=> Calcul rapide: Les premiers navires bordelais seraient partis vers 1672, si l'on part donc 350 ans en arrière et sur 25 ans comme âge moyen d'une "génération" se renouvelant, cela donne environ 14 générations. Même si en généalogie on considère les "implexes" (phénomènes d'endogamie poussant les membres de la société à trouver un conjoint au sein de la même communauté, et menant jadis à un certain degrés de "consanguinité": mariage entre cousins germains par exemple), réduisant de facto les calculs mathématiques théoriques du nombre d'individus par génération, on arrive très vite quand même à plusieurs milliers de descendants (qui, pour une grande partie ne portent plus le nom de famille originel, de par  la transmission de celui-ci seulement que par les hommes - par mariage/progéniture -, voire même par simple changement de nom à dessein...).

Dans un travail de mémoire parfois complexe, certains militent pour débaptiser les cours/avenues, et d'autres pour apposer des textes retraçant l'historique avec des explications. C'est finalement cette dernière option qui a été retenue: le lundi 2 décembre 2019, Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage, la ville de Bordeaux a dévoilé six plaques de rues explicatives. Elles ont été fixées dans les artères de la ville portant des noms de négriers. Ces derniers ont été identifiés grâce au travail des archives municipales, qui ont permis de prouver l'implication de six Bordelais dans le commerce et la vente d'êtres humains. Le Maire de Bordeaux d'alors, M. Nicolas Florian, a déclaré qu'"Il ne s'agit pas de stigmatiser des patronymes ou des familles"  mais d'affirmer, par des plaques, la responsabilité de ces personnages Bordelais dans la traite négrière transatlantique.

Deux citations proches, de personnages célèbres trouvent écho à ces rappels/précisions historiques:

Notre président E. Macron, a dernièrement lui-même dit très justement: « Le passé, nous ne l'avons pas choisi, nous en héritons, c'est un bloc, mais nous avons une responsabilité, c'est de construire notre avenir pour nous-mêmes et nos jeunesses...». 

Bordeaux a, de manière incontestable, bâti un partie de sa fortune sur l’économie coloniale : sa prospérité a en effet été assurée par le développement d’un "commerce en droiture" avec les Antilles et par sa participation à la traite négrière tout au long du XVIIIe siècle.

"Nantes a beaucoup plus pratiqué la traite que la capitale de l'Aquitaine, mais Bordeaux a plus vécu de l’esclavage que les autres ports, car les produits échangés étaient fabriqués par les esclaves. La traite représentait à Bordeaux 5 % des expéditions. La ville s’est en fait spécialisée dans le commerce en droiture (sans transport d'esclaves), jugé moins risqué." explique François Hubert, directeur du musée d’Aquitaine. (Précisions: les navires chargeaient du vin et revenaient avec du rhum, du sucre ou du café produit par les esclaves. Les alcools forts partaient dans le quartier des Chartrons et tout le reste s’entassait dans les entrepôts Lainé).

Cette dynamique atlantique, loin de se limiter à l’économie, s’est également étendue aux personnes. Bordeaux se trouve de fait au centre d’importants flux de population au sein desquels on trouve une part non-négligeable d’Afro-descendants.

On estime que plus de 5.500 d’entre eux ont été amenés à résider de manière plus ou moins longue à Bordeaux entre le début du XVIIIe siècle et la période napoléonienne.

La très grande majorité de ces Afro-descendants sont esclaves : arrivés depuis les Iles où ils sont nés, plus rarement en provenance directe depuis l’Afrique, ils sont surtout destinés à être employés comme domestiques, en officiant comme cuisiniers, valets de chambre ou encore nourrices.

Il reste cependant possible de sortir de cette condition : bon nombre d’esclaves parviennent en effet à retrouver leur liberté, que cela soit en prenant la fuite ou en bénéficiant d’un affranchissement de la part de leur maître à Bordeaux. Une partie de ces nouveaux libres décide de rester dans la ville où ils peuvent continuer à être employés comme domestiques, en recevant des gages, ou pour ceux ayant bénéficié d’un apprentissage, en exerçant un petit métier. Bordeaux a ainsi vu l’émergence d’une petite mais solide communauté de gens de couleur libres, habitant principalement autour du quartier de Saint-Seurin. Les actes de mariage et de baptême témoignent de leur intense activité sociale et de leur intégration au sein de la ville et de l’ensemble de ses habitants.

Certains ont des trajectoires de vie particulièrement exceptionnelles et se hissent au niveau des libres de naissance fortunés particulièrement présents à Bordeaux : ces derniers, quasi-systématiquement nés aux Iles d’un père aquitain, jouent de leur métissage pour s’intégrer au réseau des élites bordelaises, à l’instar de la famille Raimond.

Bordeaux a ainsi été le théâtre d’une influente élite de couleur, dont les plus fiers représentants sont sans doute les Louverture qui s’installent dans la ville et sa région au début des années 1800. (Quand Toussaint Louverture a pris le pouvoir en Haïti, les planteurs aquitains se sont enfuis à Cuba. Le héros de la révolte haïtienne qui a mis fin à l’esclavage a fini par être capturé et envoyé dans le fort de Joux dans le Jura où il est mort en 1803. Mais auparavant, il a pu accompagner ses deux fils à Bordeaux. L’un d’entre eux, Isaac, a vécu rue Fondaudège et il est enterré au cimetière des Chartreux.)

Le début du XIXe siècle marque la fin de cette première phase d’installation des Afro-descendants à Bordeaux, en raison de l’assimilation progressive des libres au reste de la population, du retour de nombreux créoles vers la nouvelle République d’Haïti et d’un certain durcissement du préjugé racial à l’époque napoléonienne..

Plaque située en façade de l’immeuble situé au 44 rue Fondaudège 

Né esclave vers 1743 à Saint-Domingue (ancien nom d'Haïti) dans une plantation coloniale (plantation sucrière) près du Cap-Français (aujourd'hui Cap-Haïtien), François-Dominique Toussaint Louverture, se nommait initialement Toussaint de Bréda, du nom de la plantation où il servait.

Surnommé Fatras-Bâton («le contrefait» ou «le malingre» en créole), c’était un homme de petite taille (1,63 m), malingre, exerçant malgré sa laideur, de l’ascendant sur ses congénères. Second fils d’un Africain originaire d'Arada, royaume du Dahomey (l’actuelle République du Bénin), il avait été élevé dans la case du maître par Bayon Libertat, procureur de l’habitation. Son parrain, le nègre Pierre-Baptiste, formé par les jésuites, lui avait appris le français et un peu de latin, mais il ne savait encore ni lire ni écrire en 1779.

Toussaint avait été affranchi à 33 ans en 1776 après avoir été successivement mayoral (commandeur), cocher et surveillant de la plantation Bréda.

Il se maria d’abord avec la fille d’un nègre libre, Philippe Désir Jasmin, qui lui loua terrains et esclaves en 1779. Il épousa en secondes noces en 1780 Suzanne Simon-Baptiste, une Négresse libre qui savait lire et écrire.

Toussaint demeurait au Haut-du-Cap où il possédait un terrain de seize carreaux, soit une vingtaine d’hectares plantés de café et de vivres, et 13 esclaves. Parmi ceux-ci, un certain Jean-Jacques Dessalines qui deviendra son fidèle lieutenant. (Ce qui n'était pas une "exception rare". Par exemple, les "libres de couleur" possédaient environ 20% des esclaves de Saint-Domingue et 5% en Guadeloupe, à la fin du XVIIIe siècle. https://journals.openedition.org/lrf/1403)

Alors que les échos de la Révolution française de l’autre côté de l’Atlantique ébranlent le système esclavagiste, dans la nuit du 14 au 15 août 1791 (même si il appartient à la catégorie très minoritaire des affranchis), il rallie le mouvement insurrectionnel lancé suite de la cérémonie vaudou du bois Caïman par les esclaves noirs de Saint-Domingue contre les planteurs et colons français.

Bientôt surnommé « Louverture » en référence à sa bravoure et la manière dont il enfonce les brèches à la tête de ses troupes, il se révèle être un grand stratège militaire aux côtés des premiers chefs de l’insurrection Jean-François Papillon, Georges Biassou, Dutty Boukman et Jeannot Bullet . 

Homme intelligent, réfléchi, dissimulant ses pensées et parlant peu, il s’exprimait très souvent par maximes. Très sobre, il dormait très peu la nuit. Il aimait beaucoup les chevaux et était très bon cavalier. Connaissant parfaitement toutes les plantes médicinales, il se fit connaître comme médecin de l’armée. 

Il servit donc sous les ordres de Georges  Biassou, apparaissant comme son secrétaire, son aide de camp puis son second avec le grade de colonel, puis lieutenant-général.

Désireux d’affaiblir la France révolutionnaire dans sa colonie la plus riche et la plus peuplée, le royaume d’Espagne, qui occupe la partie est de l’île d’Hispaniola (Santo Domingo) et est alors en guerre contre la République française, décide en 1793 d’apporter leur soutien aux rebelles.

C'est ainsi qu'en juillet 1793, les chefs de l’insurrection se rallièrent ainsi aux autorités espagnoles de Santo Domingo qui entreprirent l’invasion de la colonie française.

Toussaint Louverture est alors nommé général des armées du roi d'Espagne, établissant son quartier général à La Marmelade.

Le 29 août 1793, dans une célèbre déclaration, Toussaint se présente comme le leader de la révolution : « Frères et amis. Je suis Toussaint Louverture ; mon nom s'est peut-être fait connaître jusqu'à vous. J'ai entrepris la vengeance de ma race. Je veux que la liberté et l'égalité règnent à Saint-Domingue. Je travaille à les faire exister. Unissez-vous, frères, et combattez avec moi pour la même cause. Déracinez avec moi l'arbre de l'esclavage. »

Mais le peu d'attention que lui montrèrent les Espagnols le persuada que ceux-ci n'entendaient pas abolir l'esclavage, en revanche les commissaires de la République Française, Léger-Félicité Sonthonax et Étienne Polverel, arrivés à Saint-Domingue en 1792 devaient garantir les droits des gens de couleur.

Le 29 août 1793, le même jour que la proclamation de Toussaint, Sonthonax émancipa l'ensemble des esclaves et l'assemblée de la Convention consent enfin à voter le décret d'abolition de l'esclavage le 16 pluviôse An II (4 février 1794).

Toussaint, qui supporte mal de passer derrière Georges Biassou et qui comprend que les Espagnols ne sont pas prêts à libérer les esclaves, rejoint alors le camp français républicain avec ses hommes. Il devient par la même occasion le 17 août 1796 le premier général de division noir de l'armée française, en lutte contre les monarchies européennes sur le continent européen comme dans les Caraïbes. Il aide alors les troupes françaises à chasser de l'île les Espagnols et leurs alliés anglais.

Toussaint écarta du pouvoir Laveaux qui partit le 14 octobre 1796 après son élection aux Cinq-Cents. Le Directoire, après s’être débarrassé des officiers de couleur, envisagea l’envoi d’une force armée pour soumettre les nègres à la production coloniale et pour rétablir l’ordre colonial et esclavagiste. Toussaint, nommé général en chef en mai 1797, répondit à ces menaces en faisant savoir au gouvernement français que s’il avait l’intention de restaurer l’esclavage, les nègres de Saint-Domingue se défendraient, à l’exemple de ceux de Jamaïque.

Après le départ, en août 1797, du commissaire Léger-Félicité Sonthonax élu aux Cinq-Cents en septembre 1796, Toussaint entreprit de négocier avec les Anglais, de recevoir des émigrés et de renforcer son armée.

Il neutralisa adroitement les commissaires et les émissaires du Directoire puis du Consulat, chassant les Britanniques qui occupaient encore l'ouest d'Haïti et menant une guerre implacable contre les « mulâtres » du sud.

Seul chef de la colonie, il édicta un règlement de culture le 12 octobre 1800, organisant la production et le travail sur les plantations.

Pour relancer l'économie, il encourage notamment les planteurs à revenir et oblige ses frères de couleur à travailler dans les plantations dont ils étaient auparavant les esclaves, et parvient peu à peu à faire d'Haïti un pays pratiquement indépendant. 

Une assemblée de dix membres rédigea une constitution en mai 1801, qui lui permit de préciser ses options autonomistes. Le 8 juillet 1801, il s’auto-proclame gouverneur général à vie (avec le droit de nommer son successeur), et, sans demander l'avis de Paris, proclame une constitution autonomiste et autocratique. 

Ce dont il avertit Napoléon la même année, par lettre :

« Citoyen consul,

Le ministre de la Marine [...] a dû vous soumettre ma proclamation du 16 pluviôse dernier, portant convocation d’une assemblée centrale, qui pût, dans un moment où la réunion de la partie espagnole à la partie française venant de s’opérer, ne formait plus de Saint-Domingue qu’un seul et même pays soumis au même gouvernement, fixer ses destinées par des lois sages, calquées sur les localités et les mœurs de ses habitants.

J’ai aujourd’hui la satisfaction de vous annoncer que la dernière main vient d'être portée à cet ouvrage, et qu'il en est résulté une constitution qui promet le bonheur aux habitants de cette colonie, si longtemps infortunés, je m'empresse de vous l'adresser pour avoir votre approbation et la sanction de mon gouvernement [...].

Salut et profond respect,

TOUSSAINT LOUVERTURE »

Il administre désormais l’île en maître absolu. Celle-ci avait été divisée en six départements et Les Gonaïves s’imposa comme capitale. Très pieux, quoique hostile au pouvoir des préfets apostoliques, Toussaint favorisa la pratique du culte catholique au détriment du vaudou. À la tête d’une armée de quarante mille hommes environ, entouré de ses lieutenants favoris Dessalines et Christophe, il décida d’unifier l’île sous son autorité en occupant la partie espagnole en janvier 1801. A l’extérieur, il passe des accords de commerce avec les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Les Préliminaires de Londres (oct. 1801) permirent à Bonaparte d’envisager le rétablissement de la domination coloniale française et de l’esclavage.  Le 20 mai 1802, la France de Napoléon fait la paix avec ses voisins européens et rétablit l'esclavage. Les vélléités d'autonomie de Toussaint Louverture irritent...

Mécontent de voir la colonie échapper au contrôle de la métropole et désireux de réaffirmer son pouvoir alors que, après avoir récupéré la Louisiane, il affiche de grandes ambitions coloniales aux Amériques. Le Premier consul Napoléon Bonaparte envoie deux forces expéditionnaires de 25 000 hommes afin de rétablir la domination coloniale française et de maintenir le régime de l’esclavage selon la législation antérieure à 1789. Elles sont commandées, l’une à Saint-Domingue par son beau-frère le général Emmanuel Leclerc (le mari de Pauline), et l’autre en Guadeloupe commandée par Antoine Richepanse.

Toussaint et ses hommes affrontèrent les Français dans une guerre totale où ils avaient l’avantage du terrain. Leur stratégie militaire, tirée de l’expérience des nègres marrons, combinait essentiellement guérilla, embuscades, incendies et harcèlement incessant de l’ennemi.

Le 2 mai 1802, peu après la capitulation de la forteresse de Crête-à-Pierrot, une trêve conclue en mai permit à Toussaint de souffler. 

Le 7 juin suivant, à la suite d'une dénonciation de son lieutenant Jean-Jacques Dessalines, il est trahi par Leclerc qui l’arrête et le déporte vers la France.

Embarqué sur la frégate La Créole , Toussaint prédit au chef de division Jean Savary: «En me renversant, on n’a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l’arbre de la liberté des nègres; il repoussera par les racines, parce qu’elles sont profondes et nombreuses.» En effet, Leclerc mourut le 2 novembre 1802 sans avoir pu suivre les instructions de Bonaparte qui lui enjoignaient, après l’occupation des ports et des places, de capturer les meneurs nègres et de rétablir l’Exclusif. Son successeur Rochambeau ne parvint pas à vaincre les nègres rebelles qui combattaient au cri de «La liberté ou la mort».

Toussaint fut envoyé immédiatement en France sur le bâtiment Le Héros avec sa femme Suzanne, ses fils Placide, Isaac et Jean, sa belle-fille Victoire Tuzac et sa nièce Louise Chancey. Le prisonnier est ensuite séparé de sa famille et simplement accompagné de son vieux domestique Mars Plaisir. Un décret du Premier consul du 23 juillet 1802 stipula de l’enfermer au fort de Joux (près de Pontarlier dans le Jura) et de le mettre au secret. Bonaparte chargea Louis Caffarelli, en septembre, d’interroger le prisonnier sur sa politique internationale «et d’obtenir des renseignements sur l’existence de ses trésors».

Plutôt que d’envisager un procès, le pouvoir central préféra laisser Toussaint croupir en prison. Ses nombreuses lettres à Bonaparte resteront toutes sans réponse...

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Il subit un régime pénitentiaire qui visait à le briser, à l’anéantir physiquement et moralement. Vexations, humiliations, brimades eurent raison de sa santé. «La composition des nègres ne ressemblant en rien à celle des Européens, je me dispense de lui donner ni médecin ni chirurgien qui lui serait inutile», aurait rapporté Baille, son geôlier, le 30 octobre (à confirmer...). Victime du froid et du dénuement, il ne tarde pas à tomber malade après un hiver rude dans le Doubs. On le trouva mort le 7 avril 1803, assis sur une chaise, victime d'apoplexie et de pleuro-péripneumonie (pneumonie accompagnée d'une inflammation de la plèvre avec épanchement). Il fut inhumé dans l’enceinte du fort.

Napoléon, à Sainte-Hélène, se reprocha d’avoir été entraîné — par ses ministres et les « criailleries des colons» — à vouloir soumettre par la force la colonie. Il aurait dû se contenter de gouverner Saint-Domingue «par l’intermédiaire de Toussaint». Il estimait que ce dernier «n’était pas un homme sans mérite... Il était fin, astucieux; nous avons eu fort à nous en plaindre...».

La nouvelle du rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe privera le corps expéditionnaire à Saint-Domingue du soutien des soldats noirs et métis, qui s’allient pour chasser les Français. Après la mort de Leclerc le 2 novembre 1802, son successeur Rochambeau fut vaincu sur le terrain militaire. Le 1er janvier 1804, après une sanglante guerre civile, Dessalines, l'ancien lieutenant de Toussaint, proclamera l'indépendance de l'île après en avoir chassé les Français. Saint Domingue rebaptisée Haïti, devint la première république noire indépendante du monde

Napoléon connut sa première grande défaite à Saint-Domingue. En 1817, dans le mémorial de Sainte-Hélène il reconnut sa défaite : « L’affaire de Saint-Domingue a été une grande sottise de ma part. C’est la plus grande faute que j’aie commise en administration. J’aurais dû traiter avec les chefs Noirs comme avec les autorités d’une province, laisser comme Vice-Roi Toussaint-Louverture ». Bel hommage du « Napoléon Blanc » à celui que Châteaubriand à surnommé le « Napoléon Noir ». La France abolira finalement une seconde et définitive fois l'esclavage en 1848.

Toussaint Louverture, héros de la révolution de Saint-Domingue, est l’un des symboles de l’abolition de l’esclavage, célébré par des personnages aussi divers que Victor Schoelcher, Alphonse de Lamartine ou Aimé Césaire. Une inscription l'honore au Panthéon depuis 1998...

Ce buste de Toussaint Louverture, figure du mouvement anticolonialiste et abolitionniste, a donc été installé (à l'occasion du bicentenaire de la fondation de la République d'Haïti) dans le Square éponyme face aux quais comme symbole, en mémoire de la participation du Port de Bordeaux dans l'une des 3 traites d'esclaves africains: la Traite Transatlantique.

L’œuvre du sculpteur haïtien Ludovic Booz (ci-contre), a été réalisée (via le technique du coulage à la cire perdue) en 2004, puis offerte à Bordeaux par la République d'Haïti à l'occasion du bicentenaire de sa fondation. Ce buste a été inauguré le 10 juin 2005 par Hugues Martin, Maire de Bordeaux en présence de la ministre de la culture haïtienne, Magali Comeau Denis.

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Le lien de l'emplacement et le choix du personnage ne viennent pas directement à l'esprit...

Sachant qu'en examinant par exemple ce plan de 1787, (https://bibliotheque.bordeaux.fr/in/imageReader.xhtml?id=BordeauxJD_8693&pageIndex=1&mode=simple&selectedTab=record) la rive droite n'est pas concernée par le trafic et l'accostage des bateaux, qui se faisait rive Gauche... Ce choix d’implantation finale rive droite ne semble pas faire réellement sens en lui-même ... ?

Quant au sujet du personnage de Toussaint Louverture, le rapprochement avec Bordeaux n'est pas immédiat. Il a certes accompagné ses deux fils à Bordeaux, dont Isaac (qui s'est installé rue Fondaudège et qui est enterré au cimetière de la Chartreuse), mais Toussaint LOUVERTURE n'est pas à proprement parler un "personnage bordelais".

En revanche, il est considéré comme étant le  père de l'indépendance haïtienne. L'île de Saint-Domingue, l'actuelle Haïti, était alors colonie française, et au XVIII ème siècle, Bordeaux y exerça un quasi monopole commercial. Sa perte engendra notamment la ruine de nombre de "maisons" bordelaises... Notons aussi qu'Alexandre PÉTION, 1er président de la République d'Haïti en 1807, est le fils du bordelais Pascal SABÈS...

Mais in fine, ce buste de Toussaint Louverture est avant tout à considérer comme un symbole, même si l'emplacement reste sans trop de sens direct...

Le monument en bronze représente le buste de Toussaint Louverture, dans sa tenue militaire de général de division: avec des épaulettes, le haut col droit de la tunique, la bandoulière/baudrier de sabre/épée sur son épaule droite et un foulard autour du cou sur le col montant de sa chemise. Il est représenté tête nue sans tricorne, les cheveux tressés noués derrière la nuque. L'allure est droite et le regard grave au loin. La signature de l'artiste et la date de réalisation (2004) sont apposées derrière son épaule gauche. L’œuvre d'art en elle-même paraît bien réalisée et de bonne facture.

Le buste est placé sur un piédestal en pierre où une plaque de plexiglas précise son grade militaire - prénom - nom, une de ses citations:

« En me renversant, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l'arbre de la liberté, mais il repoussera car ses racines sont profondes et nombreuses ». (Ces mots sont ceux qu’aurait prononcés Toussaint Louverture, le 7 juin 1802 en direction du chef de division Jean Savary, à l'instant de monter sur le navire Le Héros, qui le déporte en France avec sa famille.). Ainsi que 3 lignes de synthèse le présentant brièvement...

Le square qui porte son nom a été réaménagé et inauguré le 11 mai 2019. Il met en valeur le buste et comporte des dalles présentant sa biographie et rappelle la participation du port de Bordeaux à la traite transatlantique. On trouve également au sol des flèches de métal avec les noms des lieux liés aux transport des esclaves.

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Remarques

- Pour être précis concernant la "Traite négrière" dans son sens "large" et "exhaustif" du terme, il y aurait peut-être fallu préciser qu'il s'agissait de la participation de la France à l'une des 3 traites négrières: la "Traite Transatlantique"... (Sinon cela exclue historiquement de facto environ les plus de 30 millions d'autres esclaves noirs ayant subi les conditions des Traites Intra-Africaines et Arabo-Musulmannes...)

- Sur cette plaque, on peut noter un écart d’évaluation assez grand du nombre d'expéditions bordelaises: entre 393 et 500 expéditions. A t'on voulu prendre des précautions ni majorantes ni minorantes avec l'écart de +/- 107?

(Sachant que 500 est un chiffre étonnamment "rond" par rapport à 393...?)

- Le chiffre de 200 000 captifs déportés par les navires bordelais, cette fois donné sans écart, semble différent des autres sources (: https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/histoire, et des données inscrites sur le monument en mémoire de l'esclavage à Nantes...)

Les estimations sont parfois assez imprécises selon les sources, et le contexte pas toujours exhaustif selon comment on l’introduit. Ce n'est jamais un sujet "simple"...

=> Ceci n'enlève rien bien évidemment au caractère grave et important du sujet, à la participation du Port de Bordeaux au Commerce Triangulaire, et au symbole de ce buste de Toussaint Louverture...


=> RAPPEL: QUID DE BORDEAUX ?


Le port de Bordeaux a aujourd'hui plusieurs éléments/monuments de témoignage de ce passé, en synthèse et donc non exhaustif:


D'aucun trouveront que ce n'est sans doute pas (ou jamais...) assez... Mais qu'en est-il, (en gardant un focus sur la France), des 3 autres ports français devant Bordeaux (Nantes, La Rochelle, Le Havre/Honfleur) et des autres ports de la façade Atlantique de la région Nouvelle Aquitaine (Rochefort, Bayonne)


(Note:le petit port de Marans est ici "écarté", il n'aurait été concerné que par 1 seul navire impliqué: la goélette "Jules" commandée par René-Guillaume Button)


=> Ci-après, par "ordre d'importance" en terme d’implication (nombre d'expéditions/captifs déportés), un rapide tour d'autres ports (non exhaustif) impliqués dans le Commerce Triangulaire:

La traite négrière à Nantes est à l'origine de la déportation, de la fin du XVIIe au début du XIXe siècle, de plus de 550 000 esclaves noirs d'Afrique vers les possessions françaises en Amérique, principalement aux Antilles. Avec 1 744 expéditions négrières, le port de Nantes se place en première position des ports négriers français pour l'ensemble de la période concernée. La ville est le dernier grand centre du commerce des esclaves en France, puisqu'il y est pratiqué jusqu'en 1831, année de promulgation de la loi interdisant la traite négrière.

La place de Nantes dans le commerce négrier est paradoxale. Quand elle arme pour la première fois à la traite au 17e siècle, Nantes a un siècle et demi de retard sur le Portugal. Et, quand elle abandonne la traite vers 1830, elle le fait bien avant d’autres port comme Le Havre (1847), l’esclavage perdurant à Cuba jusqu’en 1886 et au Brésil jusqu’en 1888. Nantes ne doit donc pas sa primauté à la durée de sa participation, mais à sa densité, avec l’organisation de 43 % des expéditions négrières françaises (soit environ 5 à 6 % de la traite atlantique européenne). 

Au cours du XVIIIe siècle, une part représentant 10 à 33 % du commerce maritime au long cours nantais correspond à des armements négriers, une autre part étant consacrée à l’économie de plantation esclavagiste. Ce siècle marquera incontestablement l'apogée du commerce nantais et l'essor de la ville qui verra doubler sa population, passant ainsi de 40 000 à 80 000 habitants durant ce siècle

Comme le rappelle l’historien Eric Saugera : « Plus qu’ailleurs, Nantes fit sienne l’argumentation négrière majeure : les colonies sont indispensables à la richesse nationale, les Noirs sont indispensables à leur mise en valeur, la traite est indispensable à son renouvellement. »

Les armateurs trouvaient le commerce triangulaire beaucoup plus rentable que le commerce « en droiture » qui consistait à effectuer la navette entre l'Europe et les Amériques, d'autant qu'au début du XVIIIe siècle le port avait surtout une vocation interrégionale et européenne (la péninsule Ibérique, les îles Britanniques et la mer du Nord), dont le trafic se basait surtout sur le commerce traditionnel, en usage depuis la période médiévale, avec des produits comme le blé, le vin et sel. 


L'importance de la traite nantaise s'explique notamment par sa situation géographique : la ville bénéficiait de sa proximité avec Lorient où était installée la Compagnie des Indes orientales, ce qui permettait de se fournir en indiennes ou cauris, très appréciés des marchands d'esclaves africains. Cette situation compensait le faible niveau de tirant d'eau de l'estuaire de la Loire, limité à 11 pieds qui ne permettait qu'aux navires de 150 à 170 tonneaux maximum en pleine charge de remonter jusqu'à Nantes.

Le commerce antillais domine le trafic : en 1786, Nantes envoie 126 navires représentant un tonnage global de 44 375 tx, 106 d'entre eux vont à Saint-Domingue soit 85 % des vaisseaux (représentant 40 000 tx), six se dirigent vers le Martinique (soit 4,75 % des navires et à peine 3 % du tonnage total), 14 vers Guadeloupe et 4 vers Guyane. En comparaison avec Bordeaux, le tonnage vers Saint-Domingue est de 65 %, de 24 % vers la Martinique et 9 % vers la Guadeloupe.

Le commerce triangulaire stimulera aussi l'essor du commerce « en droiture » entre Nantes et les îles, puisque les négriers eux-mêmes ne ramenaient au terme de leur circuit, que seulement une partie des denrées issues de la vente des esclaves dans les « colonies de plantations ». comme le sucre et le café, exigeant ainsi que d'autres navires viennent depuis Nantes pour en charger le surplus.

Les denrées ramenées depuis les colonies dans le port de Nantes sont variées : sucre, café, coton et indigo, sont débarqués sur le nouveau quai de la Fosse qui concentre désormais l'essentiel des activités portuaires en aval de l'ancien « port au Vin » (actuelle place du Commerce). Ces produits sont revendus avec de substantiels bénéfices, soit pour alimenter le marché intérieur français, soit pour approvisionner l'industrie locale en plein essor. Mais c'est surtout, le sucre (principalement du sucre brut ou « sucre roux » destiné au marché national) qui, de loin représente le poste le plus important des importations nantaises avec 22 605 000 livres en 1786, soit 60,8 % de la valeur totale des marchandises importées.

Toute cette activité commerciale issue du commerce triangulaire générera l'essor du commerce maritime à l'intérieur du royaume et avec le reste du continent européen. 

La traite négrière a alimenté les capitaux des grandes familles de commerçants et d'armateurs, lesquels ont investi dans le foncier (terres agricoles), dans l'immobilier (hôtels particuliers ou folies), ainsi que dans l'industrie naissante qui se développera au côté d'une industrie « traditionnelle », de style artisanale. Ainsi, en 1775, Nantes compte pas moins de 17 manufactures.

Le commerce triangulaire favorisera également durant le XVIIIe siècle l'essor de la construction navale. En juillet 1738, les chantiers auparavant installés sur le quai de la Fosse déménagent  : trois nouveaux chantiers voient le jour à l'embouchure de la Chézine, puis sont progressivement déplacés entre 1780 et 1790 vers Chantenay, en aval de Nantes. Plus en aval encore, les chantiers de l'île d'Indret connaissent leur premier développement au XVIIe siècle, alors qu'au niveau du fleuve sur la rive nord, les chantiers de Basse-Indre sont créés en 1779.

Le XVIIIe siècle est marqué par une augmentation notable de la superficie des chantiers nantais qui passe donc de 3 230 m2 au début de ce siècle, à 50 067 m2 en 1780), faisant de ceux-ci les premiers constructeurs français de navires marchands.


Jusqu'à la fin du XXe siècle, certains auteurs considèrent que la mémoire de l'esclavage à Nantes est très peu présente et reste un sujet tabou. Toutefois, la traite est « largement présentée » dans le musée des Salorges créé en 1924 ; lors de sa réouverture en 1976 au château des ducs de Bretagne, « la traite occupe six vitrines et le catalogue des collections, publié au moment de l'ouverture, consacre sept pages au sujet ».

Au début des années 1990, l'association Anneaux de la mémoire qui a pour but de faire connaitre au grand public l’histoire de la traite négrière, de l’esclavage, organisera avec le soutien de la municipalité, une exposition homonyme présentée au château des ducs de Bretagne entre décembre 1992 et mai 1994 consacrée à la traite négrière et à l'esclavage. En dix-huit mois, cette exposition aura accueilli plus de 400 000 visiteurs.

Depuis, le « musée d'histoire de Nantes » installé au sein même du château des ducs, consacre une part importante de ses collections (dont une présentée lors de l'exposition des Anneaux de la mémoire) à la traite négrière.

L'association bordelaise « DiversCités » a recensé une dizaine de rues pouvant faire référence au passé négrier de Nantes. Cette association réclama en vain en 2009 que la municipalité débaptise cette dizaine de rues portant le nom de personnes présumées impliquées dans le trafic d'êtres humains. Cependant, il n'existe pas dans la ville de plaque de rue en hommage aux victimes de l'esclavage.  La ville a préféré l’installation en 2018 d’un seul panneau "totem", situé rue Kervégan. Ce panneau évoque à la fois les rôles historiques de Christophe-Clair de Kervégan, armateur pendant la Traite des noirs, et celui d’Olympe de Gouges, femme de lettres engagée dans la cause abolitionniste. Il ne précise pas, en revanche, les noms des autres rues et avenues concernées...


Le 25 mars 2012, un mémorial de l'abolition de l'esclavage, monument unique en France, est inauguré sur le quai de la Fosse, 14 ans après en avoir décidé la construction lors du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. En plein cœur de la ville, sur une rive de la Loire, de nombreuses plaques au sol rappellent le nom des bateaux partis en expédition de traite depuis Nantes (ou plus exactement Paimboeuf, son avant-port). C’est là qu’étaient armés les navires. Ils partaient remplis de produits de la région, comme les mouchoirs de Cholet, mais aussi de denrées importées du sous-continent indien, destinées à être échangées contre des personnes réduites en esclavage en Afrique de l’Ouest.

Un couloir long de 90 mètres en sous-sol évoque la cale d’un bateau. On y trouve des plaques où sont écrits des textes provenant de personnes réduites en esclavage, d’armateurs, ou encore de personnages clés de l’abolition tel que Toussaint Louverture. Certaines plaques sont moins directement liées à cette histoire, puisqu’elles citent des paroles de « Redemption Song », de Bob Marley, ou bien des bribes du célèbre discours de Martin Luther King.


Autre héritage de la traite des Noirs : les mascarons, ces visages taillés dans la pierre qui ornent encore les façades, représentent, pour certains, des hommes et femmes aux traits africains.

Autre héritage plus étonnant : les magnolias. Ces arbustes emblématiques de la ville de Nantes ont été importés au XVIIIe siècle des Antilles, de Saint-Domingue en particulier. « Ils arrivaient par des bateaux qui étaient forcément liés au commerce triangulaire », affirme la directrice scientifique du musée d’Histoire de Nantes. « Les capitaines avaient l’obligation royale de ramener de nouvelles variétés botaniques. C’est comme ça que Nantes est devenue un des principaux points d’acclimatation de végétaux exotiques.

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En 1594, L'Espérance quitte le port de La Rochelle. C'est la première mention historique d'un bateau qui fait commerce de captifs africains en direction d'une colonie portugaise au Brésil. Dés le XVIè siècle, La Rochelle est le premier port français à s’engager dans le commerce transatlantique d’êtres humains et de denrées dites coloniales pour devenir au XVIIè siècle le premier port négrier du Royaume de France.

Au XVIIe siècle la ville est le port d’attache des compagnies du Sénégal et de Guinée qui accordent des autorisations de trafiquer moyennant le paiement d’un droit. En 1716, les armateurs français de cinq ports, dont celui de La Rochelle, sont autorisés à pratiquer librement la traite négrière. Les négociants rochelais se lancent dans l’aventure tout en continuant leurs autres activités, souvent avec les mêmes navires. 

La Rochelle est au XVIIIe siècle le second port négrier de France. La base de données Trans-Atlantic Slave Trade Database (voir extrait ci-après) dénombre 483 expéditions de traite négrière parties de La Rochelle entre 1643 et 1831, pour un total estimé à environ 178 000 captifs (estimations du mémorial de Nantes).

A l'arrière de ce grand port, toute une région vit également de la Traite des Noirs, de Rochefort aux rives de la Seudre. Derrière les armateurs, toute une population participe de fait au trafic négrier, de manière directe ou indirecte, à travers l'armement de ces navires, et leurs équipages. Les petits commerçants rochelais participaient à la traite en fournissant les pacotilles que les officiers échangeaient en Afrique contre des esclaves. Les armateurs, les négociants de la chambre de commerce ou encore les notaires qui actaient les expéditions négrières, tous les corps de métier étaient impliqués dans ce commerce. 

Le quartier du Gabus sur le vieux port abritait un chantier de construction de navires qui regroupait plusieurs corps de métier : tonneliers, voiliers, cordiers… Les grands armateurs rochelais entreposaient sur ces chantiers leur cargaison de trocs qu’ils échangeaient aux rois africains contre des esclaves. Ainsi, les entrepôts stockaient du fer, des couteaux flamands, des fusils, de la poudre ainsi que de l’eau-de-vie. Ils y stockaient également l’avitaillement pour les esclaves : du riz, des fèves de Marans...

Quant aux toiles de l’Ouest, elles servaient à l’habillement des esclaves dans les plantations sucrières de Saint-Domingue (Haïti).Il y a eu jusqu’à seize raffineries à La Rochelle. Lors de fouilles dans d’anciens bâtiments, les vestiges d’une activité sucrière importante ont été découverts : des pots en terre pour conserver des pains à sucre ainsi que de grandes cuves et des fours. Le raffinage du sucre était interdit dans les colonies. Le sucre arrivait brut à La Rochelle ou en mélasse à raffiner. Des cuves de deux mètres servaient à cuire la mélasse dans plusieurs chaudières puis le liquide clarifié était versé dans des moules de terre. La France fournit à l’époque 50 % de la consommation de sucre européenne. L'attrait pour de nouveaux produits importés comme le cacao ou le café augmente également les besoins en sucre et donc la production.

Ce trafic conduit Aunisiens et Saintongeais vers des destinations africaines qui deviennent alors bien connues dans la région. De l'autre côté de l'Atlantique, les mêmes ont largement participé, depuis le XVIIe siècle, au développement des îles, bientôt devenues des éléments essentiels d'une économie coloniale qui enrichira considérablement le royaume au XVIIIe siècle. Traite et plantation coloniale constituent alors ce "commerce triangulaire"(appelé « commerce circuiteux » au XVIIIe siècle) auquel La Rochelle participe largement, pour son plus grand profit financier...

Quotidiennement, des navires négriers partent de La Rochelle, chargés de produits manufacturés (textiles, eau-de-vie, armes, métaux, tabac, cauris, etc.) en direction de l'Afrique, qu'ils échangent contre des esclaves puis repartent vers les Amériques où ils font le même commerce inverse.  Ces esclaves sont ainsi transportés et vendus dans les îles françaises d’Amérique, essentiellement Saint-Domingue (actuelle Haïti). Les colons paient les esclaves souvent en marchandises coloniales : sucre, café, cacao, coton, indigo… Le sucre est le principal produit rapporté par les navires rochelais.

Ces expéditions s'étendent sur plusieurs mois et quelquefois des années. En 1786, douze navires de traite rochelais sont armés pour la Guinée. 

Les navires rochelais sillonnent le littoral africain et se pourvoient en captifs principalement sur la "Côte des Esclaves" (régions côtières des actuels Bénin et Togo, ainsi qu’une portion du Nigeria riverain: de l'embouchure du fleuve Volta à l'ouest jusqu'au delta du Niger à l'est), même si dans les pièces relatives aux expéditions rochelaises, c’est la Côte d’Or qui y figure, première étape du cabotage. Des assauts des Dahoméens  donnant lieu à des pillages de marchandises, des incendies de baraques et des kidnappings de Blancs et de captifs noirs (dont certains sont tués) se multipliant en 1787 ou ceux du roi d'Onis l'année suivante, «  la traite rochelaise s’arrête de manière quasi-totale sur la Côte des Esclaves » pour privilégier pour encore quelque temps d'autres sites comme celui de la côte angolaise.

Toutefois les guerres entre la France et l’Angleterre vont interrompre le trafic à plusieurs reprises, entraînant des faillites d’armateurs...


Sur l’ensemble de la période concernée, ils sont environ 70 armateurs, appartenant souvent à des dynasties marchandes comme les Garesché, les Fleuriau, les Richemont, les Rasteau, les Carayon… Plusieurs d’entre eux ont été directeurs de la Chambre de commerce de La Rochelle. Daniel Garesché a été maire de La Rochelle de 1791 à 1792. Jean-Louis Admyrauld a été préfet de la Charente-Inférieure.A l’arrivée à La Rochelle, la vente des marchandises coloniales enrichit un ensemble d’acteurs. 

La révolte des esclaves de Saint-Domingue d'août 1791 met un terme à la traite négrière du port de La Rochelle. Le commerce étant ciblé sur l’île de Saint-Domingue, la rébellion menée par Toussaint Louverture met un terme à l’exploitation des plantations et du fait des destructions des «habitations ». La Rochelle se voit donc obligée d’arrêter la majorité de ses expéditions en lien avec la traite négrière, les créances ne rentrant plus. Beaucoup de familles d’armateurs rochelais avaient des possessions à Saint-Domingue et furent ruinées suite à l’insurrection. Les Rochelais n’armeront plus de navires négriers au XIXe siècle, contrairement à Nantes...


Le Musée du Nouveau Monde, abrité par l’hôtel Fleuriau, ancienne résidence d’armateurs rochelais, rappelle cet obscur passé. La Rochelle s’est penchée très tôt sur son histoire négrière. La ville a même été pionnière. Dès 1976, le maire Michel Crépeau a acheté l’hôtel Fleuriau pour y faire ce musée sur les relations entre La Rochelle et les Amériques, raconte Annick Notter, conservatrice du Musée du Nouveau Monde. En 1982, il était ouvert au public.


Il y eut à La Rochelle un travail réalisé pour les 150 ans de l’abolition en 1998. Le 10 mai 2008, la Ville de La Rochelle a dédié, sous l’impulsion de l’association Mémoria, le parc d’Orbigny à la Mémoire de la traite et de l’esclavage et dénommée en 2009, lAllée Aimé Césaire, du poète martiniquais ; puis en 2010, à l’instigation de la Ville de La Rochelle, toute une série de manifestations furent consacrées à l’histoire de l’esclavage sous l’appellation ‘Chairs noires et pierres blanches » organisée par l’association Arcadd.

C’est en 2011 que le tout premier dépliant, proposant dans une ville, un parcours autour de la traite a été édité ; il est mis en ligne et sera réactualisé en 2022. Téléchargez ici le parcours sur la traite négrière  


En 2015, eut lieu l’installation dans la cour de l'hôtel Fleuriau de la statue de Toussaint Louverture sculptée par Ousmane Sow, inaugurée en présence de l’artiste. Un lieu ayant posé quelques questions à l'époque, car non installée à proximité immédiate des quais. La mairie estimera que "les sculptures mémorielles faisant souvent l'objet de vandalisme, il est préférable qu'elle soit protégée dans l'hôtel Fleuriau." 


Le 23 mai 2019, à l'occasion de la journée d’hommage aux victimes de l’esclavage, une cérémonie est organisée dans les jardins de la préfecture, au cours de laquelle le préfet de la Charente-Maritime, Fabrice Rigoulet-Roze, a planté un arbre de la Liberté, avec des élèves des écoles Réaumur et Bernard Palissy de La Rochelle.


Lancé sur les traces de Toussaint Louverture, Stéphane Bern est venu à La Rochelle saisir quelques images de ce haut personnage de la Révolution haïtienne dont la statue semble veiller sur l’entrée du Musée du Nouveau Monde. Cela pour diffusion en « Secrets d’histoire » sur France 3 le 10 mai 2021, à l’occasion des 20 ans de la loi Taubira.

Depuis lundi 10 mai 2021, la ville a choisi d’adosser des explications à 7 noms de rue via des plaques explicatives portant le nom d’armateurs négriers ou de descendants d’esclavagistes rochelais...


Cependant, si vous faites le détour par La Rochelle, vous ne verrez pas de trace "directe" sur les quais intérieurs du vieux Port...

Seul un des neufs panneaux installés en 2019, sur l'autre côté piéton sans commerce ni terrasse (rue de l'Armide), esquisse un très court paragraphe de ce pan d'histoire de la ville (voir ci-après)...

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Ce fichier Excel intégré ci-dessus vous donnera le détail des bateaux partis de La Rochelle (source: https://www.slavevoyages.org/voyage)

(=> Vous pouvez naviguer dedans vers le bas et les colonnes à droite....)

Le Havre a joué un rôle majeur dans la traite et dans l’esclavage des Noirs au XVIIIe siècle. Il fut le deuxième port négrier de France si on l’associe à celui de Honfleur tandis que Rouen gérait les capitaux et la logistique. Plusieurs centaines de navires ont quitté le port du Havre pour aller se charger d’esclaves en Afrique, traverser l’océan Atlantique, les vendre comme du mobilier – en particulier à Saint-Domingue et en Martinique -, puis revenir chargés de sucre, de coton, de café, pour revendre ces marchandises en France et en Europe.

Au final, Le Havre et Honfleur ont respectivement réalisé 451 et 134 expéditions, soit un total de 585. Dans ce port qui ne compte alors que 20 000 habitants, 200 négociants ont participé à ce commerce, mais une centaine n’a assuré qu’une à trois expéditions.

Considérable par son nombre d’expéditions, la traite havraise le fut également par le nombre d’esclaves (près de 150 000) vendus par les armateurs de la cité Océane, et par sa durée. On estime que 12 à 13 %  des bateaux qui ont quitté le pays dans le cadre de ce commerce sont partis de la cité océane.

Au XVIIIe siècle, les bateaux partaient du Havre, mais souvent, les financements pour les armer venaient de réseaux d'investisseurs de la France entière et, au premier rang, de Rouennais. Quand l'activité de la traite a battu son plein, c'est à dire dans les dernières années qui ont précédé la Révolution française, le port du Havre s'est retrouvé saturé. Honfleur a été utilisé comme port complémentaire pour armer toujours plus de bateaux dans une activité toujours plus lucrative.

Près de deux siècles séparent en effet le départ du premier « négrier » du Bassin du Roy, au début du règne de Louis XIV, de l’interception du Philanthrope en 1840, un navire qui avait été armé par un négociant havrais (Jules Masurier, futur maire du Havre,) alors que la traite des noirs était interdite en France depuis plus de vingt ans (mars 1815).

La position géographique du Havre, avec son ouverture sur l’Atlantique et son rang de 3e port colonial, expliquent aisément le "succès" de cette activité dans ce port. Toutefois, celui-ci bénéficie aussi de trois facteurs favorables :

L’originalité havraise réside en fait dans sa concentration géographique, dans la faible ouverture du milieu négrier et dans l’intégration de la traite havraise dans un système régional fondé sur le rôle complémentaire de trois villes : Le Havre, Rouen et Honfleur. Sur le premier plan, on remarque en effet l’importance remarquable qu’occupe Cap-François parmi les sites de vente utilisés par les négriers havrais. A elle seule, la ville fut le lieu de la vente de la moitié des esclaves traités par les Havrais. Six maisons de commerce havraises ont en effet concentré 60% des armements havrais et, à l’inverse, plus de la moitié des négriers havrais pratiquèrent la traite pour une ou deux expéditions.

Si elles jouent un rôle important dans la traite à Nantes ou à Bordeaux, les familles étrangères et protestantes sont peu nombreuses au Havre, port de traite où le fait négrier reste l’affaire de négociants catholiques installés de longue date, comme les Foäche et les Begouën, qui dirigèrent deux des principales maisons havraises. L’autre originalité de la traite havraise réside dans le fait que l’activité négrière du Havre n’aurait pu se développer sans le rôle de deux autres ports : Rouen et Honfleur. Dans une ville modeste, ayant eu du mal à s’affirmer économiquement, les armateurs havrais souffrent d’une dépendance envers les capitaux rouennais. En outre, un autre problème se pose. C’est celui de l’exiguïté du port du Havre qui est l’objet d’un plan d’aménagement très tardif (Lamandé, 1786). Ainsi, pour empêcher l’engorgement qui menaçait celui-ci, les armateurs havrais utilisent le port d’Honfleur, lequel devient un important port de secours après la Guerre d’Amérique (Honfleur est le 7e port de traite français).

Au Havre, contrairement à d'autres villes de la côte Atlantique ayant pratiqué le commerce triangulaire, toutes les traces de ce passé ont été effacées, suite aux bombardements de la seconde guerre mondiale (en septembre 1944).  Ceux-ci ont donc détruit les lieux de mémoire, que l’on retrouve seulement dans la Maison de l’armateur, propriété de la famille Foache, ou dans quelques fonds des Archives municipales (Boyvin-Colombel). Un travail régulier d’études et de documentation est mené au Havre sur les questions liées à la participation de la ville au trafic négrier: https://archives.lehavre.fr/memoires-traite-esclavage-le-havre. A l'occasion de la commémoration du 10 mai 2019, les Archives municipales du Havre ont édité le livret pédagogique Le Havre, port négrier XVIIe - XIXe siècles. Ce livret, proposé en téléchargement ici est un outil de l'atelier "Traite et esclavage" à destination des élèves qui fréquentent le service éducatif des Archives.

Le 10 mai 2009, au Havre, le maire Antoine Rufenacht inaugure à l’entrée du port, esplanade Guynemer, une plaque commémorant la mémoire de la traite et de l’esclavage. Depuis cette date, chaque 10 mai, au pied de cette plaque se déroulent cérémonies officielles et manifestations accueillies au Musée d’art moderne André-Malraux (MuMa). À l'occasion de la journée nationale de mémoire de l'esclavage en mai 2022, la Ville du Havre annonce qu'elle va annoter les rues qui portent le nom d'armateurs ou négociants havrais impliqués dans la traite des noirs.

Du 10 mai 2021 (journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions) au 31 mai 2021, une exposition fut aussi installée sur les grilles des jardins de l’Hôtel Dubocage de Bléville, offrant un aperçu des collections patrimoniales havraises en lien avec la mémoire de l’esclavage. (voir ci-dessous)

La modestie de cette plaque, son manque d’entretien et son emplacement loin des lieux de passage, font l’objet de vives critiques de la part d'habitants et de l’association Mémoires & Partages46. Cela est notamment visible quand on la compare à la monumentalité de la plaque commémorant le programme CARE de 1946, située juste à côté, et inaugurée 3 ans plus tôt.

Hormis cette plaque il n'y a pas de monument, statue ou espace public dédié...

Devant l’insistance des associations, frustrées du faible espace consacré à la mémoire de la traite dans la Maison de l’armateur, et désirant disposer d’un lieu dédié, la municipalité prévoit d'installer, d’ici 2026, un "vaste espace au sein de l'hôtel Dubocage de Bléville, musée qui appartient à la Ville".

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Ce fichier Excel intégré ci-dessus vous donnera le détail des bateaux partis du Havre et de Honfleur (source: https://www.slavevoyages.org/voyage)

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Dans les têtes, Rochefort au temps de l’arsenal, était essentiellement un port de la Marine de guerre. La traite négrière ? Connaît pas... Et pourtant. Rochefort y a aussi apporté sa pierre, même si ce fut dans une moindre mesure. Malgré son rôle mineur, Rochefort révèle une particularité : la Marine de guerre de Louis XIV a joué un rôle précoce, sitôt l’arsenal créé à la fin du XVIIe siècle. Elle a eu pour mission d’escorter les expéditions.

En pleine guerre de succession d’Espagne, ce pays et la France signent le contrat Asiento de negros. Le document réserve au royaume de Louis XIV l’exclusivité de la traite négrière pour fournir les colonies espagnoles du Nouveau Monde. Le roi en personne, qui a même créé une société ad hoc dont il est actionnaire à 25 %, fait donc appel à la Marine royale pour cette mission, s’adressant plus particulièrement à Rochefort ! La Rochelle, Nantes et Bordeaux étant exclues de ce monopole. Dès le XVIIIe siècle, le roi la favorisa par des mesures fiscales, des prêts de navires, des escortes navales et la participation des ingénieurs à la conception des bateaux pour la traite.

C’est ainsi que, pendant une quinzaine d’années, des navires de Rochefort vont charger des esclaves de l’Afrique de l’ouest pour les « exporter » en Amérique. Ce commerce a concerné quelques milliers d’esclaves.

Saint-Clément contribue financièrement, avec d’autres, à deux expéditions, et qui mènera le groupe de pression colonial de Rochefort pour réclamer le maintien de l’esclavage au début de la Révolution. Mais le plus gros négrier rochefortais s’appelle Jean Guérin-l’Aîné. À lui seul, il a armé cinq à six expéditions. Ce nombre en fait le plus gros négrier du royaume jusqu’à la Révolution. Sa fortune lui permet d’acheter le domaine de Montifau à Échillais, puis des biens nationaux. Sous Napoléon Ier, il devient président du tribunal de commerce.

Même si Rochefort a été un port secondaire pour la traite, ce fut le premier port arsenal négrier du royaume. Un peu plus de 20 expéditions ont été financées par des Rochefortais, sans compter les navires du contrat Asiento de negros. Elles ont conduit au total à l’asservissement de plus de 8 500 Africains, pesant pour 1 % des expéditions. En 1741, on compte 40 noirs à Rochefort qui ont suivi leurs maîtres, souvent planteurs à Saint-Domingue.

L’activité négrière n’a pas laissé de traces visuelles ou architecturales dans le paysage urbain. Aucune fortune rochefortaise n’a été directement bâtie sur le trafic des esclaves noir.e.s. Les grandes familles négociantes de la ville, les Hèbre, les Faurès, les Gachinard, les Chevallié, les Charrier, les Pelletreau, doivent leur réussite sociale avant tout aux marchés conclus avec la Marine.

=> Les mentions récentes d’une activité de traite ou d’intérêts esclavagistes à Rochefort sont très rares et souvent superficielles. Pas de monument, ni plaque, ni espace urbain dédié. Il faut néanmoins noter la  commémoration du mercredi 5 mai 2021 rappelant le 173e anniversaire de l’abolition de l’esclavage.

Bayonne est à la fin du XVIIIe siècle le 8eme port français. Sa participation à la traite négrière est "modeste" : une dizaine d’expéditions entre 1741 et 1792, mais il faut ajouter les navires construits à Bayonne pour ce commerce. Les grandes familles de la ville également très liées aux planteurs de Saint-Domingue. Le port de Bayonne vu partir environ 17 navires négriers pour transporter environ 5222 captifs, envoyés comme esclaves dans les colonies occidentales. 

C’est aussi la communauté d’esclavagistes la plus importante de Saint-Domingue, la colonie la plus riche d’Amérique du 18e siècle.

Un certain nombre de négociants basques se sont associés à des opérations négrières. La capitale d'Haïti, Port-au-Prince, fut ainsi fondée par le Béarnais Joseph de Lacaze, soutenu par son parent l'intendant bayonnais Laporte-Lalanne, et son premier maire à la Révolution fut le Basque Michel-Joseph Leremboure, de Saint-Jean de-Luz.

Le rôle de la traite dans le dynamisme de la construction navale est aussi notable à Bayonne où par exemple les frères Dutisné font construire la frégate Le Robuste, de 550 tonneaux et de 24 canons, pour la traite de Guinée, en 1749. Bayonne construit aussi pour d’autres ports notamment Bordeaux...

Un autre navire négrier, construit à Bayonne pour la Marine royale puis vendu à la Compagnie des Indes Orientales, quitte le port basque en novembre 1760 pour connaitre un plus sinistre sort relaté par un documentaire et une exposition : Les esclaves oubliés de Tromelin.

Dans la nuit du 31 juillet 1761, l’Utile se fracasse sur Tromelin, îlot minuscule sur l’océan indien, mal indiqué sur les cartes de l’époque. A son bord : 140 marins français et 160 captifs africains malgaches. Seuls 80 esclaves parviennent à regagner le rivage en compagnie des membres de l’équipage. Ces malheureux esclaves participent à la reconstruction du navire qui repartira sans eux. Et 15 ans plus tard, ne survivront que 7 femmes et 1 enfant, secourus par le commandant de la corvette La Dauphine...

La participation de la région dans le commerce négrier aux migrations vers les Caraïbes des basques serait à étudier plus avant. Gascons, basques et béarnais affluent vers la colonie de St-Domingue où près de 500 000 captifs sont mis en esclavage par 30 000 colons dont 40 % sont des aquitains venus y acquérir des biens, à les mettre en gérance pour certains et revenir en hexagone profiter de leurs revenus coloniaux.

Aujourd’hui, dans les campagnes d’Haïti, on peut encore noter l’inscription cadastrale et toponymique de la présence de négriers basques : Courjoles, Labarrère, Labadie, Carrère, Dupoey, Darrac, Gaye, Duplaa, Garat, Laborde, Marsan et Navarre. Des présidents de la république et des familles notables portent des patronymes aquitains : Dartiguenave, Salnave, Dartigue, Gardères, Dupuy, Sansarricq et Castéra.

Toussaint Louverture lui-même, l’initiateur de la révolution haïtienne, avait une garde dite « béarnaise » et ses aides-de-camp « béarnais ».

A ce jour, pas de monument, pas de plaque, ni espace public dédié...

Il faut néanmoins noter la  commémoration du mardi 27 avril 2021 du 173e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, et une exposition "Tromelin, l'île aux esclaves oubliés" au Musée Basque et de l'Histoire de Bayonne.


ANECDOTES ET INFORMATIONS ANNEXES

Parc Louverture, Montréal(Canada)

Place Victor-Schoelcher à Massy

Port au Prince (Haïti)

Musée Panthéon National Haïtien

Rue Louverture,  Gonaives  (Haïti)

Santiago de Cuba

Québec (Canada)

St André, Île de la Réunion