STATUE DE LA NAVIGATION

> 1ère statue en terre cuite: Création du modèle: le statuaire Dominique Fortuné MAGGESI,

   Réalisation de la statue: le céramiste Jean-Etienne(?) MONSAU.

> 2ème statue, copie en bronze (modèle actuel):  le sculpteur Charles Louis MALRIC.

> NATURE/CONSTRUCTION:   1ère statue en terre cuite, statue actuelle en bronze.

> ÉTAT:   Modèle originel en terre cuite: détruit, modèle actuel en bronze toujours visible.

Coordonnées GPS:

44.84586, -0.57124  

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Le nom de "Château-Trompette" est la déformation française du mot gascon Tropeyte, qui désigna, au moyen âge, un quartier de Bordeaux: "Tropeyta". Ce quartier tirait lui-même son nom d'un ruisseau qui coulait dans les fossés nord de l'enceinte romaine du IVe siècle (le castrum). Il descendait d'une source jaillissant sur la hauteur de Puy-Paulin, passait par la fontaine Daurade et se jetait dans la Garonne.(voir la page de la fontaine Daurade sur ce même site: https://www.bordeaux-qqoqccp.com/themes/fontaines-de-bordeaux/fontaine-daurade).

L'extension du quartier de Tropeyte au début du XIVe siècle était due à l'intensité de la vie économique, qui fut la conséquence du rattachement de Bordeaux à la couronne d'Angleterre. Un port se créa devant le quartier, le port de Tropeyte. Pour surveiller et, au besoin, protéger les navires ancrés à ce port, les jurats avaient des bateaux de guerre: les « anguilles de Tropeyte ». Il y avait aussi dans ce port des gabares servant à charger et à décharger les navires anglais venant « aux vins ». Ces gabariers furent les premiers habitants du quartier de Tropeyte extra-muros.

La construction du « Château-Trompette » (en même temps que celle du Fort du Hâ et du Fort Louis), décidée par Charles VII à la suite de la reconquête de la Guyenne après la bataille de Castillon (17 juillet 1453), bouleversa l'aspect de ce quartier et lui imprima, pendant plus de trois siècles, une marque particulière. L'édification de cette forteresse aux limites de la ville du moyen âge avait pour but d'interdire l'accès de la Garonne à une flotte ennemie venue de l'Atlantique et en même temps de constituer pour le pouvoir royal un moyen de pression sur les Bordelais dont le loyalisme, après trois siècles d'union avec l'Angleterre, n'était pas à l'abri de toute épreuve. Mais aux yeux des Bordelais, il demeura toujours l'emblème du pouvoir central dressé contre les franchises communales, le monument de la perte ou de la réduction des libertés. 

Jean Bureau et les ingénieurs de Charles VII choisirent pour édifier le Château-Trompette l'angle nord-est de l'enceinte du XIVe siècle. Sa construction commencée dès 1455, aux frais des Bordelais, entraîna la mutilation du quartier de Tropeyte ; le gros œuvre était achevé en 1467. Les alertes anglaises qui se succédèrent jusqu'au traité de Piéquigny (29 août 1476) mirent en lumière le rôle que le Château-Trompette pouvait jouer en face d'une agression étrangère. Le château primitif avait la forme d'un polygone irrégulier (voir ci-dessous). Son côté nord se confondait avec l'enceinte du Xlle siècle. Pendant les guerres civiles du XVIe siècle et pendant les troubles de la Fronde, le Château-Trompette servit d'enjeu aux partis en lutte. (Le Duc d’Epernon ordonna notamment le 22 août 1649 au commandant Du Haumont de tirer 4000 boulets sur la ville).

Mazarin rendu inquiet par l'état de vétusté de la forteresse, devenue incapable de soutenir un siège, chargea en 1653 l'ingénieur d'Argencourt de remettre le château en état. Lorsque Louis XIV vint à Bordeaux en 1660, il décida que le Château-Trompette serait rebâti à neuf sur de nouveaux plans. La construction du corps de la place commença en 1665 et était à peine achevée lorsque éclatèrent les « émeutes du papier timbré » en 1675 (faisant suite à une hausse des taxes, dont celle sur le papier timbré, requis pour les actes authentiques). Pour éviter le retour de semblables révoltes, Louis XIV décida d'agrandir le Château-Trompette (à cette occasion en 1677 Vauban rasa les Piliers de Tutelle). Les travaux commencés dès 1676 se poursuivirent jusqu'en 1691 (et l’élévation des maisons des Allées Tourny furent limitées en hauteur pour permettre le tir de boulet vers la ville).

Mais ils étaient à peine achevés que les Bordelais attendaient déjà le moment où la forteresse, devenue inutile, pourrait être supprimée en même temps que seraient effacés les mauvais souvenirs qu'elle évoquait aux yeux de tous. 

Les lettres patentes du 15 août 1785 décrétèrent la suppression du Château-Trompette et autorisèrent la démolition de la forteresse. Depuis de nombreuses années, les intendants avaient compris que sa disparition était indispensable pour relier à la ville le faubourg Saint-Seurin et celui des Chartrons; inlassablement, ils en avaient entrepris le siège: les lettres patentes de 1785 marquèrent l'aboutissement de cette politique à long terme. Tourny, le premier, traça les lignes de circonvallation destinées à investir la forteresse : les allées du Chapeau-Rouge au sud, les allées de Tourny à l'ouest, les allées des Chartrons au nord. Esmengart mena l'attaque avec l’aide du maréchal de Richelieu, gouverneur de la province. En 1773, le glacis méridional du Château-Trompette était conquis : Victor Louis y édifiait le Grand Théâtre et un îlot d'hôtels s'étendant jusqu'à la grille du Chapeau-Rouge. Dans son discours du 7 mars 1782, qui contenait en germe les principales réalisations d'urbanisme qui verront le jour dans la première moitié du XIXe siècle, l'intendant Dupré de Saint-Maur condamnait le Château-Trompette. Il montrait la nécessité de supprimer « cette inutile forteresse qui, faisant tache sur le plan comme dans l'histoire de la ville de Bordeaux, rappelle sans cesse à nos yeux ces temps de trouble et d'anarchie que ses habitants ont à jamais abjurés ».

En 1775, l'architecte François Lhôte dressa un plan assez timide, qui ne supprimait pas complètement le Château-Trompette : il respectait le corps de la place et se bornait à raser les demi-lunes et la contre-garde. Sur l'emplacement de la contre-garde et du glacis occidental, il créait un bassin, bordé de quais, « capable de contenir deux cents navires ». En arrière, il ouvrait une place en hémicycle, la « place Royale Louis XVI », avec rues rayonnantes encadrant un quartier nouveau à construire. Sur cette place Lhôte dressait la statue du souverain et édifiait, en avant, une fontaine monumentale.

Victor Louis établit un plan plus audacieux que celui de son rival (voir ci-dessus & ci-dessous). Il rasait complètement la forteresse et comprenait la nécessité de réunir par un quartier nouveau les trois tronçons de la ville encore séparés. Ce quartier devait utiliser la plus grande partie des terrains du Château-Trompette. Les communications entre la ville et les faubourgs de Saint-Seurin et des Chartrons étaient assurées par une large voie, la rue Vergennes (l'actuel cours du XXX-Juillet) allant de la place de la Comédie au Jardin public. Les îlots de maisons étaient encadrés par 13 rues rayonnantes avec arcs de triomphe (dédiés aux nouveaux états américains), aboutissant à une place Louis XVI qui s'ouvrait sur le fleuve, magnifique pendant à la place Royale de Louis XV. Cette place était en forme d'hémicycle. Des maisons uniformes en bordaient la courbe et se développaient en façade sur le quai, l'encadrant, à gauche et à droite, de la porte Richelieu aux Chartrons. Au centre de la place s'élevait une colonne, dite colonne ludovise, surmontée de la grande statue pédestre de Louis XVI (voir ci-après).

(=> Voir la page dédiée à cette statue de Louis XVI sur ce même site ici: https://www.bordeaux-qqoqccp.fr/themes/statues-de-bordeaux/statue-louis-xvi )

En 1785, après la promulgation des lettres patentes, Lhôte établit un second projet, dans lequel il réduisait considérablement l'espace réservé à la construction d'habitations. La place avait la forme d'un long rectangle très profond. Il y disposait, au centre, un jardin avec pièce d'eau, sur le côté des massifs d'arbres plantés en quinconces. (Voir cette page sur ce même site la "pièce d'eau" qui fut "finalement" sur les quinconces: https://www.bordeaux-qqoqccp.fr/themes/statues-de-bordeaux/monument-aux-girondins/le-bassin-des-quinconces). Il l'encadrait à gauche et à droite de maisons établies sur deux lignes parallèles et formant deux masses égales « à peu près dans le style des constructions de la place Royale ». Le second projet de Lhôte fut évincé en 1785; mais après de multiples vicissitudes, c'est lui qui pratiquement a fini par triompher.

Cependant, on opta d'abord pour la réalisation du plan de Victor Louis. Commencés en 1786, les travaux de démolition du Château-Trompette furent poursuivis pendant trois ans. Le rêve de Louis sombra dans la lamentable déconfiture des financiers malhonnêtes qui étaient chargés de le réaliser. La Révolution interrompit, elle aussi, l'élaboration des plans et des travaux durant plusieurs années. (Seul vestige de ce rêve grandiose, la demeure bâtie pour le conseiller Gobineau, à l’angle des allées de Tourny et du cours du XXX-Juillet: voir plus haut en rouge. Victor Louis dessina ainsi les plans de la Maison Gobineau. C’est son immeuble qui imposa l’alignement de la façade orientale des Allées de Tourny.)

Le problème de l'aménagement des terrains de l'ancien Château-Trompette fut repris sous le Directoire: la nouvelle place devait être dédiée à la gloire des armées de la République et à la Paix. Un premier concours, ouvert au mois de septembre 1797, ne donna aucun résultat ; un second, prorogé jusqu'au 2 octobre 1800, couronna Labarre, Combes et Clocher et attribua des mentions à Bonfin, Laclotte, Thiac, Baltard, Goust et Dubut. Le sculpteur Chinard, l'architecte allemand Weinbrenner et le garde d'artillerie Granvillais Deschamps avaient eux aussi établi différents projets...

Après le 9 thermidor (27 juillet 1794), Victor Louis représenta le projet qu'il avait élaboré avant la Révolution, mais il fut définitivement écarté. Vaincu, désespéré, Victor Louis adressa une lettre poignante au notaire bordelais Darrieux : « Tout est fini... Ils m'ont frappé au cœur... Il est maintenant trop tard pour moi d'attendre que le jour de la justice arrive. » Il mourut, trois jours plus tard, le 2 juillet 1800...



L’arrêt de mort de la vieille forteresse fut signé le 25 avril 1808 à Bayonne par Napoléon 1er. Les vestiges du Château Trompette disparurent sous Louis XVIII et l’on établit l’esplanade des Quinconces.

Les concours de 1797 et de 1800 évoqués ci-dessus avaient contribué à dégager certaines idées dont s'inspira la réalisation finale. La place en hémicycle de Louis fut définitivement écartée ; on lui préféra une place en carré allongé se terminant par un hémicycle. Du projet de Louis subsista seule l'idée de la voie transversale reliant la place de la Comédie au Jardin public. On retint aussi l'idée lancée par Combes d'une rue longitudinale reliant la future place à la place Tourny, l'actuel cours de Tournon.

Mais il fallut attendre la Restauration pour assister au commencement des travaux. Le comte de Tournon, préfet de la Gironde, eut le mérite de comprendre à quel point la Révolution avait interrompu l’œuvre si brillamment entreprise par Tourny et Dupré de Saint-Maur. Secondé par le ministre Laîné, il obtint le 5 septembre 1816 une ordonnance royale prescrivant d'achever la démolition du Château-Trompette et d'en aménager l'emplacement. Le directeur des travaux de la Ville,  Jean Baptiste Dufart, s'inspirant des multiples projets antérieurs, proposa de transformer ces terrains en un long carré terminé par un triangle. Tournon adopta les dispositions essentielles de ce plan, mais substitua un hémicycle au triangle.

On décida que la surface de la place soit établie avec une faible pente d’Ouest en Est, avec une terrasse dominant le quai sur la rive droite de la Garonne. Les terres issues de la destruction de la forteresse n’ayant pas suffi, il fallut combler le manque important par celles provenant du creusement des fondations de l’Hôpital Saint-André.

Les travaux, commencés sous la direction de Jean-Baptiste Dufart, furent, après sa mort, continués par l'architecte Pierre-Alexandre Poitevin. Le 22 janvier 1818, la municipalité assistait à la plantation solennelle des allées bordant la place projetée, nos actuelles allées de Chartres, au nord, et d’Orléans, au sud.

Le projet des colonnes rostrales d’essence dorique encadrant l’escalier fut soumis par la Ville à l’administration et approuvé par le préfet baron d’Haussez. Le devis de l’architecte Poitevin s’élevait à 14 690 francs pour chaque colonne. Les travaux furent adjugés à l’entrepreneur Maizonnier avec un rabais, pour un solde final de 10 638 francs par colonne.

La première fut dressée en 1827, et l’autre était presque achevée en Juillet 1828 lors du passage à Bordeaux de la Duchesse de Berry (belle-fille de Charles X, allant « prendre les eaux » à Barèges). Pour la forme, (après avoir inauguré la fontaine "colonne de marbre" de la place de la Bourse, voir la page dédiée sur ce même site: https://www.bordeaux-qqoqccp.com/themes/fontaines-de-bordeaux/fontaine-colonne-de-marbre) elle posa la première pierre des colonnes rostrales le 17 Juillet 1828. Une médaille en terre cuite marqua cette cérémonie (voir ci-dessous).

(Note: Lors du passage de la duchesse de Berry, Poitevin éleva un pavillon de fête en charpente sur une superficie de 2336 m² au centre du jardin royal. Cet ouvrage n'était pas destiné à rester debout et c'est le moins durable des ouvrages de l'artiste...)

AVERS: JUILLET 1828. / - / SOUS LE RÈGNE DE S. M. CHARLES X / S. A. R. MADAME / DUCHESSE DE BERRI, / A POSÉ / LA PREMIÈRE PIERRE / DE CE MONUMENT.

REVERS: 1828 / COLONNES ROSTRALES. / - / VIC.E DE MARTIGNAC MINISTRE DE L’INTÉRIEUR / B.N D’HAUSSEZ PRÉFET DU DÉP.T DE LA GIRONDE / - / V.S DU HAMEL MAIRE DE BORDEAUX / ADJOINTS, / M. M. DE VAULX, DE COMET, DE MINVIELLE, / DE COURSOU, DUPUCH, / - / L.QUES LUCADOU ADJOINT / DÉLÉGUÉ / POUR LES TRAVAUX PUBLICS.


Signé : POITEVIN ARCHITECTE.

On s'était proposé initialement en élevant les deux colonnes, d’éclairer le port et la place au moyen des deux lanternes éclairées au gaz dont elles sont surmontées. Elles ont près de deux mètres de diamètre et 21 mètres d'élévation; on peut y monter par un escalier intérieur à vis sur noyau. Leur forme rappelle celles que les anciens consacraient à Neptune ou à quelque autre dieu marin. Quatre proues de galères (prolongées de rostres -  symbole de la maîtrise des mers - formés de 2 faisceaux de 3 glaives – symboles des victoires navales), ainsi que des ancres et des caducées sculptés sur le fût des colonnes. Ces sculptures sont dues au ciseau de l'ornementaliste Bonino. (Note: Jean-Marie-Florent Bonino sculpta non seulement la fontaine de la rue Royale, la fontaine d'Audège, la fontaine de la Grave, mais aussi la fontaine colonne de marbre que la Duchesse de Berry avait inaugurée juste avant le même jour).

Le 2 mars 1828 un arrêté décida de l’érection de 2 statues au-dessus des lanternes. Ces deux statues en terre cuite sont l’œuvre du statuaire Dominique Maggesi et du céramiste Monsau, et représentent le Commerce et la Navigation. A cause de leur dégradation, elles furent par la suite remplacées par des copies en bronze dues au statuaire  Charles-Louis Malric et fondues par la maison Boyreau.

Il se pourrait, sous toutes réserves, que l'estampe ci-dessous (tirée du site des Bibliothèques de Bordeaux) ait pu possiblement servir de dessin préparatoire à Bonino? (le motif de la base de la colonne correspond...). Les 2 plans ci-dessous des colonnes ont été fournis par l'architecte M. Poitevin:

(Intéressant de noter que sur ces plans, par rapport à l'escalier, les deux statues n'étaient pas sur les piliers où elles ont été réellement installées...)

En 1828 le baron d’Haussez, préfet de la Gironde, accepte le plan des colonnes rostrales de l’architecte Alexandre Poitevin. Parallèlement aux travaux de Poitevin, le statuaire italien Dominique Fortuné MAGGESI (/Félix Domenico MAGGESI) arrive à Bordeaux en 1829.

Il avait déjà œuvré auparavant en 1824 sur une première statue bordelaise destinée à la même Place des Quinconces: la statue du roi Louis XVI (voir ici: https://www.bordeaux-qqoqccp.fr/themes/statues-de-bordeaux/statue-louis-xvi). En effet, le sculpteur Nicolas Bernard RAGGI avait pris MAGGESI comme élève à Paris pour travailler sur cette statue gigantesque.

Et quelques années plus tard, RAGGI recommanda son élève à l'administration bordelaise alors que celle-ci cherchait son statuaire officiel (poste nouvellement créé)...

Cette même année de 1829 où Maggesi s'établit à Bordeaux, Pierre Lacour (directeur de l’École des Beaux Arts) lui obtient sa nomination en Juillet comme professeur de sculpture, et il est donc nommé également statuaire officiel de la ville sur recommandation de Raggi...

> Les modèles des statues du Commerce et de la Navigation des colonnes rostrales feront partie de ses 1ères commandes...

(NOTE: La même année 1829, le même architecte Pierre-Alexandre Poitevin est chargé de restaurer la façade occidentale de la Basilique Saint-Seurin en s'inspirant du style néo-roman. Il fait alors aussi appel à Maggesi pour la réalisation des deux statues de Saint Seurin et Saint Amand dans les niches latérales, puis au sommet les statues de Saint Pierre et Saint Paul...)

Au sud de la place Royale (actuelle Place de la Bourse), se tient l'hôtel des Douanes/Fermes (actuelle Direction Interrégionale des douanes et Droits Indirects qui abrite en son sein le Musée national des douanes). Sa construction fut entreprise en 1730 par l'intendant Boucher et achevée en 1751. L'architecte Jacques Gabriel établit les plans et dirigea la construction. La décoration de la façade fut exécutée par le décorateur flamand Jacques Verberckt (/Jacob Verbrecht) qui, aidé de son oncle (et maître) Michel Vandervoort (/Michiel van der Voort l'Ancien /Welgemaeckt), termina en 1743 les sculptures et en particulier les tympans des deux frontons.

Le fronton face aux quais représente "MERCURE QUI PROTÈGE LA GARONNE", sculpté par Jacques Verberckt (sculpteur du roi), et initialement gravé ci-dessous par Étienne Fessard (graveur du roi).

On peut d'ailleurs noter que sur l'estampe originale, le dieu Mercure tenait son caducée dans la main droite, et que le sculpteur l'a remplacé finalement par une bourse.

Néanmoins, tous les éléments sont présents à l'identique:

A droite de cette Place Royale, une porte d'enceinte, dénommée à l'origine "porte de l'Orme-Cassé", s'ouvrait jadis sur le bord du fleuve. Vers 1420, cette porte était déjà couramment appelée "porte de Bernard de Corn" (du nom d'un jurât qui avait été chargé d'en garder les clés). On trouve ensuite la dénomination de "porte Tropeyte" et enfin, vers la fin du XVIe siècle, celle de "porte du Chapeau-Rouge", et "porte Royale"...

En 1750, l'intendant Tourny fait sauter la vieille porte du Chapeau-Rouge pour la remplacer par une élégante grille (œuvre de Fuet) « qui sera une barrière entre le quai et les nouvelles allées, mais sans borner la vue ». De la place Royale , majestueuse , harmonieuse part ainsi une longue et agréable promenade qui, par les fossés du Chapeau – Rouge se poursuit jusqu'aux nouvelles allées de Tourny...

Le même Jacques Verberckt ayant sculpté les frontons ci-dessus, ne pouvant aller à Bordeaux demande à Tourny d'accepter à sa place son associé Claude Francin, et de confier à celui-ci « les ouvrages que le sieur Vernete n'aura point commencés ». Tourny ne semblait pas pressé d'agréer Francin, dont Verberckt pourtant lui chantait ainsi les louanges: "« Si vous vouliez lui accorder aussi, Monseigneur , les deux groupes de pierre qui sont à faire sur les deux pieds droits de la grande grille de la porte du Chapeau-Rouge , je suis assuré que vous seriez satisfait de ceux-ci comme du reste, et que comme il ferait les modèles, sur le lieu , vous pourriez juger facilement alors ce que deviendrait l'ouvrage , dans la pierre."

Le 16 janvier 1753, Tourny rédigea un contrat avec Francin pour la sculpture des groupes surmontant les piliers de la porte du Chapeau Rouge (pour 8,000 livres). Les modèles en terre ou en cire réalisés par Francin avaient emporté l'adhésion de l'intendant dont l'estime à l'égard du sculpteur ne cessait de grandir. Celui-ci l’en remercia, en renonçant dès le mois de septembre 1752 à l'idée de regagner définitivement Paris.

Les deux groupes sculptés en 1792, de 8 à 9 pieds de proportion, qui célébraient les succès commerciaux de Bordeaux, représentaient:

Cette grille fut démolie pendant la Révolution, en vertu d'une délibération du conseil général du 18 octobre 1792. Un des deux piliers de la porte du Chapeau-Rouge fut ensuite réutilisé pour construire la nouvelle Porte Richelieu. En 1810, on finit par abattre ce même pilier déplacé qui se trouvait au milieu d'une rue nouvelle qu'on voulait ouvrir (rue "Porte Richelieu": aujourd'hui rue de l'Esprit des Lois). Et quelques années plus tard on fit abattre définitivement la Porte du Chapeau-Rouge et son dernier pilier. Les deux groupes qui les surmontaient furent ainsi définitivement perdus...

On peut également souligner que le peintre bordelais Pierre LACOUR reprit en 1807 cette même symbolique des deux personnages avec exactement les mêmes attributs, pour une estampe dédiée au "Muséum d'Histoire Naturelle, des Arts et d'Instruction Publique de Bordeaux". (voir ci-dessous). (Cette même année, Lacour fils rédigeait une étude sur le personnage Mercure "considéré comme personnage historique et mythologique en Egypte, en Grèce et en Gaule").

On note enfin aussi en 1830, ses deux projets destinés au grand escalier du Palais de la Bourse, dont le "Génie du Commerce". Celui-ci tenant aussi dans sa main droite un rouleau avec la mention "Traités de Commerce", dans sa main gauche un trident en forme de caducée, une balle de marchandises, des fruits (dont du raisin) à ses pieds, et un navire en forme de galère.

Et son 2ème projet, le "Génie de la Justice (commerciale)" est représenté sous les traits d'un personnage féminin, ayant aussi un caducée sous sa main gauche, et un rouleau à ses côtés avec la mention "Code du Commerce". On retrouve également le trident, le caducée et des vagues sous ses pieds...

> REMARQUES: Pierre Lacour, alors directeur de l’École des Beaux Arts, obtient en 1829 la nomination de Maggesi comme professeur de sculpture. Lacour était également chargé par la Ville de Bordeaux du contrôle du travail de Maggesi.

Les deux artistes entretinrent une amitié qui perdurera, et Maggesi réalisera notamment aussi un buste de son ami (dont le plâtre et le marbre sont toujours dans les Musées de Bordeaux - voir ci-contre). 

Pierre LACOUR (fils)

par MAGGESI

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SYNTHÈSE & CONCLUSION :

Maggesi, arrivant à Bordeaux en 1829, a donc pu s’inspirer par exemple des 2 modèles du fronton de l’Hôtel des Douanes sur la toute proche Place de la Bourse. D’autre part, les projets des deux statues des colonnes rostrales ont probablement dû être discutés en amont, et validés avec Poitevin et Lacour.

Ces derniers ayant certainement connaissance non seulement de ce fronton, mais aussi des deux groupes disparus des piliers de la Porte du Chapeau Rouge au coin de la Place des Quinconces. De plus, Lacour, soutien et ami de Maggesi, avait aussi déjà réalisé des projets de représentation de figures semblables en esquisses...

Même si on ne peut trouver de document officiel retraçant l’origine du choix et de la validation de ces deux modèles, on peut éventuellement supposer que ces exemples ont pu être des sources d’inspiration.


Pourquoi le choix initial de statues en terre cuite ? Maggesi a toujours eu une nette prédilection pour l'utilisation du marbre. Il est fils de Carrare, il est né « dans le marbre », c'est son matériau préféré. Il le choisit généralement avec soin et fait venir de Carrare, de préférence, du marbre blanc statuaire de première qualité. S'il ne travaille pas le marbre, c'est la pierre calcaire, matériau lui aussi uni et clair, ou exceptionnellement, en collaboration avec la manufacture Vieillard, le parian, pâte cuite que la célèbre maison bordelaise a mise au point et qui cherche à imiter le marbre. Dans toute sa production actuellement répertoriée, nous ne connaissons que deux bronzes, et encore, il s'agit de deux répliques du même modèle...

=> On peut éventuellement avancer l'idée que ce fut un compromis de la part de Maggesi? A la fois en temps, en complexité et en poids:

En Octobre 1931, le sculpteur Malric fit un état des lieux en ces termes: "Les coupoles en pierre qui surmontent les colonnes, et qui supportent partiellement les statues, ont été elles-mêmes encerclées et cramponnées, ce qui indique que, à une époque antérieure, on les a jugées de solidité insuffisante. Des mesures doivent donc être prises pour la réfection des statues, la consolidation du sommet des colonnes et pour, immédiatement, la protection des passants." On nota aussi à cette occasion le besoin impératif de renforcement des armatures de fixation, car les deux statues subissaient des efforts dus à la prise au vent et aux intempéries...

Aucune source n'indique clairement comment et pourquoi MAGGESI s'est adressé spécifiquement à MONSAU pour la réalisation de ces statues...

Étrangement, que ce soit dans les journaux, dans la littérature liée au patrimoine bordelais ou sur des sites internet officiels, on ne trouve aucune trace incontestable attestant, qui, dans la famille MONSAU, est le sculpteur des 2 premières statues en terre cuite installées sur les colonnes rostrales en 1829. Certaines sources les attribuent à Bertrand MONSAU, mais il semble bien plus plausible qu'elles soient en fait l’œuvre de son père Jean-Etienne MONSAU... (D'ailleurs la plupart du temps, les articles et les textes se gardent bien de citer le prénom de l'artiste!)

On remarquera avec une certaine "ironie" que nombre de sources orthographient de façon erronée ce nom de famille, écrit tour à tour: MONSAUD, MONSEAU, MONCEAU, MONCEAUX ou MANCEAU, MARICEAU...!


Comme on peut le voir ci-après, le pauvre peintre bordelais Bertrand MONSAU n'était que peu reconnu, et ce, même localement...


> On peut lire ci-contre un article du journal La Gironde, présentant une exposition de peinture au Grand Théâtre, où exposent notamment: le célèbre Léo DROUYN, mais aussi Bertrand MONSAU, qui est d'abord introduit comme "MONSEAU" et le journaliste s'étonne ensuite de trouver des tableaux signés d'un "peintre tout à fait inconnu du nom de MONSAU" !!! Et ce même journaliste de lui faire une critique des moins valorisantes: "mièvre, pas léché, manière vieillotte, manquant complètement de largeur"...


> Un second article du Mémorial Bordelais, ci-contre, reproche que "Bertrand MONSAU rentre un peu tard dans la carrière, et que quelle que soit sa persévérance, nous doutons qu'un avenir lui soit réservé", et le journaliste lui reproche que "sa couleur est toujours empruntée au maître qu'il a le plus copié"...


C'est à l’origine, le Flamand Jacques HUSTIN qui fonda la « Manufacture Royale des faïences bordelaises ». Le 15 janvier 1714, autorisation lui fut ainsi donnée d'établir une faïencerie à Bordeaux, près de la porte Saint-Germain (actuelle place Tourny) .

HUSTIN était un directeur manufacturier qui mettait la main à l'ensemble, mais non aux ouvrages qui sortaient de ses ateliers, et qui n'ont été signés que par ses principaux ouvriers...

> On ne connaît qu'une seule pièce portant le nom de HUSTIN, c'est le cadran de l'horloge de la Bourse de Bordeaux.

HUSTIN étant mort en 1771, sa veuve, Victoire Renaud, dirigea alors l'établissement avec son contremaître Raymond MONSAU.


Elle meurt en 1782, et Raymond MONSAU quitta la fabrique de HUSTIN pour en fonder une pour son compte, rue Hustin. Il y occupa très probablement son fils André (modeleur) avec son jeune frère cadet Jean-Etienne (décorateur).


=> Raymond MONSAU signa notamment en 1779 le bénitier ci-contre qui fut présenté à l'exposition Philomathique de 1895 (Sur le médaillon, la passion de Jésus-Christ, et au-dessous: 1779 MONSAU. L'ange représenté sur la cuvette du bénitier écrit: Fait Par MONSAU), et son frère, Jean-Étienne MONSAU, en 1783, un vase-gourde.


 En 1789, Raymond MONSAU fit venir des potiers nivernais, du nom de Letourneau, qui confectionnèrent le genre de faïence qui se fabriquait alors à Nevers. (Jean-Étienne MONSAU fut longtemps associé aux travaux de cette famille.)


La fabrique de Raymond MONSAU cessa de fonctionner en 1793...

Jean-Étienne MONSAU créa, lui aussi, un établissement en 1802, 13 rue de la Trésorerie (actuelle rue du Dr A. Barraud), dans la maison qui a longtemps appartenu à la famille.

Il a consacré presque tout son temps aux études de l'art céramique, et particulièrement sur les émaux.

En 1818, la faïence n'étant plus guère demandée, il en abandonna la fabrication pour celle des ouvrages en terre cuite. (voir ci-contre)


Selon deux sources documentaires :


« Nous avons déjà cité la vase de la Garonne comme propre à la fabrication des briques et des formes à sucre ; nous ajouterons que ce limon peut servir à faire de la faïence qui résiste à l'action du plus grand feu de nos fourneaux domestiques. M. Monsau, marchand potier , rue de la Trésorerie , a fabriqué avec de la vase prise dans les chantiers du pont des pots vernissés qui ont été portés jusqu'à la chaleur du plomb fondu et qui , ayant été immergés dans l'eau froide, ont supporté ce changement subit de température, sans se fendre. Voilà une matière première qui a le grand avantage de pouvoir être exploitée à peu de frais, et de n'exiger aucune main d’œuvre pour la division de ses molécules. On en composerait une faïence commune qui se vendrait à bas prix et deviendrait d'un usage général. »


« Considérant que M. Monsau lui-même a contribué à perfectionner la fabrication de la poterie dans ce département, soit en donnant aux vases, statues, ornements de poêles, etc., des formes élégantes qui les font rechercher des consommateurs, soit en introduisant l'usage des médailles en terre cuite, destinées à être placées, dans les fondations des monuments, etc. Considérant d'ailleurs que les échantillons d'argile, envoyés par M. Gardonne, ne possèdent pas la propriété réfractaire requise par le programme de l'Académie. A l'honneur de vous proposer de décerner à M. Monsau le prix de 3oo fr., qui a été promis aux concurrents dans le titre du programme V lu dans votre séance publique du 31 mai 1827. »

> Le pied à l'époque est égal à 1/3 de mètre, cela fait des statues de 1 à 2 m.

Les deux statues qui dominent les colonnes rostrales de l'esplanade des Quinconces seraient ainsi sorties de ses ateliers, tout comme le groupe qui décorait la porte de Bourgogne (voir ci-dessous), et qui fut brisé et renversé en 1830. (Ce décor sculpté du monument consistait en une sphère ailée portant les trois fleurs de lis de France et la couronne royale, maintenue par un triton et deux néréïdes soufflant dans leurs conques et deux trophées.)


Jean-Etienne MONSAU décède en 1831 (soit 4 ans après la création des 2 statues des colonnes rostrales)...

Son fils Bertrand MONSAU, né en 1789(?), décédé peu après 1866(?), installa son atelier dans l’établissement de son père. Selon différentes sources, il est décrit comme artiste peintre paysagiste, s’occupant également de peintures céramiques.

Il eut comme professeur Maître Gué, et fut dessinateur de la Commission des Monuments Historiques de la Gironde en 1841.

Il prit part également aux expositions de Bordeaux de 1850 (en y ayant envoyé 6 tableaux) et d'Angers. Il reçut une médaille aux expositions d'Angers de 1848 et 1853. Une source documentaire indique ainsi: « La commission vous demande aussi des citations favorables en faveur de M. Monsau, peintre à Bordeaux, auquel vous aviez accordé une médaille de bronze en 1848. Il s'est montré sensible à cette distinction, et il vous a envoyé cette année, trois paysages étudiés avec soin et largement peints. La commission vous propose de lui décerner une médaille d'argent. »


 On lui doit entre autres comme dessins et peintures:

- Le château de Lamarque. — Vue pittoresque, par M. Monsau. 1841

- La Maison de l'Armurier, rue des Faures (XVIe siècle), 1844.

- La maison de la Trinité, rue des Bahutiers (François Ier), 1844.

- L'ancienne Bourse de Commerce (Henri IV), 1844.

- Le Château dit des Quatre Fils Aymon, à Cubzac. Vue pittoresque, 1844.

- L'église St Vivien plans et dessins réalisés par la Commission des Monuments historiques, 1842.

- L'Hôpital dit Ancien Hôpital Saint-André, 1844.

- Le dessin de fragments antiques trouvés à Audenge.

- Le château de Nérac.

- Richelieu visitant le poussin.

- Fénelon ramenant la vache.

- Le prieuré Notre-Dame de Cayac de Gradignan.

- Une ferme en Périgord.

- L'église Saint-Bruno. dessin représentant la décoration intérieure.

- La porte de Rions

- Les bas-reliefs et peintures de l'église Sainte-Eulalie.


> Une fois cette analyse et l'historique retracés, il est plus crédible que ce soit Jean-Etienne MONSAU, professionnel formé et spécialiste reconnu pour sa maîtrise des œuvres en terre cuite (notamment pour ses statues, et pour son groupe de la Porte de Bourgogne), qui en 1829, à la fin d'une longue carrière de faïencier et céramiste, ait réalisé dans ses ateliers les 2 statues originelles en terre cuite des colonnes rostrales.

(Son fils Bertrand MONSAU est connu uniquement dans les textes et les articles que pour ses dessins et ses tableaux, on ne lui connait concrètement aucune autre œuvre sculptée qui accréditerait le fait qu'il soit statuaire et à l'origine de ces 2 statues.)


REMARQUE: On notera que MAGGESI connaissait bien le domaine de la faïencerie/poterie, car plus tard (après la mort Jean-Etienne MONSAU), grâce à ses connaissances, il a pu travailler un temps pour la Manufacture de Jules Etienne VIEILLARD. Celle-ci avait succédé en 1845 à la Manufacture de porcelaine et de faïence anglaise de "David Johnston", créée à l'origine en 1835 dans les bâtiments des anciens moulins des Chartrons sur le quai de Bacalan.)



Bien qu'on ne sache pas les conditions exactes dans lesquelles MONSAU fut sollicité pour ces deux œuvres, suite à un arrêté du 2 Mars 1828 (date à confirmer...) les deux statues sont dressées sur les colonnes rostrales en 1829.

Le 15 février 1876, Maggesi fut chargé de vérifier l’état des statues, et constata un besoin de restauration complète. Le 20 décembre 1877, un premier état des lieux fut établi par l’architecte suppléant.

Concernant la statue de la Navigation, les besoins de restauration concernaient :

En effet comme on peut le voir ci-contre et ci-dessous la statue a beaucoup souffert...

('Vue face à la Place des Quinconces)
('Vue face à la Garonne)
('Vue face à la Place des Quinconces)

En Septembre 1878 eurent lieu de nouvelles réparations sous la direction de l’architecte de la Ville M. Burguet. Sa note indiquait: " Deux statues brossées et peintes avec deux couches de silexore" (peinture minérale à base de silicate de potassium, créée en 1857. Peinture dite "pétrifiante", seul produit utilisé jusque dans les années 1950). Peintures faites par Chupin & fils, montant facturé: 15 francs par statue.

Le vendredi soir du 1er Mars 1923, un « ouragan » d’une exceptionnelle violence s’abat sur Bordeaux et malmène les deux statues. Celui-ci fait pencher sur son socle l'autre statue symbolisant la Navigation (Artémis/Diane). Un échafaudage sera monté le mois suivant pour la redresser. On trouva également lors de ces réparations des traces d'essaims d'abeilles qui y avaient élu domicile...


Le 5 juillet 1931, M. Bordelais écrit à Adrien Marquet, maire de Bordeaux, afin de lui signaler l'urgence de remplacer les sculptures ornant les colonnes rostrales: "Bien qu'en simple terre-cuite, elles ont tout de même duré un siècle, et c'est beaucoup pour ce matériau, mais actuellement elles menacent ruine et sont un danger permanent."

Le 6 Octobre 1931, le mauvais état des statues est confirmé par l’examen de Malric. (les statues s’écaillent et des morceaux se détachent). La Navigation a déjà été renforcée au ciment armé.


Selon le site: http://inventaire.aquitaine.fr/la-recherche-en-aquitaine/blog-de-la-recherche/le-patrimoine-des-lycees/recit-dune-decouverte-au-lycee-gustave-eiffel/

Alerté par le maire, l'architecte en chef de la ville de Bordeaux, Jacques D'Welles, confirme "l'état lamentable" des deux statues de la Navigation et du Commerce et propose le 19 mars 1932 de déposer les deux statues en terre cuite, de les restaurer, et de fabriquer deux statues neuves par un moulage en bronze (choix fait de la fonte de bronze car il n'existait plus d’entreprise dans la région capable de refaire correctement des terres cuites identiques).

Le 22 Juillet 1932, le conseil Municipal charge le sculpteur Malric de la restauration des statues. Pour la réfection de ces deux statues, celui-ci recevra en octobre 1932 : 3500fr/statue.

Fin décembre 1932, la société A.Boyreau & Cie adresse une facture pour ses travaux de fonderie (moulage en bronze sur terre cuite): 10500frs/statue au total (validé par DWelles). Les statues en bronze sont finalement réceptionnées le 12 janvier 1935 et replacées au-dessus des colonnes rostrales.

Alors qu’il s'occupe de ce dossier de restauration des statues, D’Welles travaille également à la transformation du Petit Séminaire cours de la Marne en École pratique de Commerce et d'Industrie (ci-contre), aujourd’hui le lycée Eiffel. Il fait notamment aménager sur les pavillons en avant-corps de la façade, deux niches à la place des baies. Et tout naturellement, on peut supposer qu’il suggère d’y placer les deux fameuses statues en terre cuite restaurées, afin de donner un certain prestige à la nouvelle institution.

(Ci-dessous un courrier de l'adjoint au Maire, mentionnant l'envoi d'une statue en marbre de Mercure œuvre de Maximilien Bourgeois dans la Galerie Nord du Musée de Sculpture vers cet établissement. Mais aussi "d'un devis établi au mois de Février 1936, pour le même objet, mais concernant une autre œuvre"... > Pour info, aujourd'hui, le marbre de Mercure est toujours visible au Musée des Beaux Arts...)

D'après le proviseur, l'allégorie de la Navigation placée dans la niche droite (flèches ci-dessous), aurait été détruite par "mégarde" par des élèves fin des années 2000. Ainsi, aujourd'hui, seule la statue originelle de Mercure est visible dans la niche gauche de la façade du Lycée Eiffel...

C’est donc l'architecte en chef de la Ville, Jacques D’Welles, qui privilégie la fonte de bronze après consultation du céramiste René Buthaud par le maire André Marquet à ce sujet. René Buthaud explique que :

« au XVIIIe siècle, et ce jusqu'au moment où les statues des colonnes rostrales ont été effectuées, la technique de la terre cuite était infiniment supérieure à ce qu'elle est aujourd'hui. Ce genre de travail était, en effet, de pratique courante et arrivait à un degré de perfectionnement remarquable. On employait des terres spéciales ; la cuisson était extrêmement surveillée et les artistes et artisans avaient une connaissance approfondie des conditions dans lesquelles s'effectue le retrait lors du séchage de la terre ou de la cuisson. J’estime donc très difficile, et en tout cas impossible à garantir par la suite contre les cassures, le gel, etc., de reconstituer des statues comme elles ont été primitivement établies. L'opération serait d'ailleurs très onéreuse, plus probablement que par tout autre procédé »

Les 2 nouvelles statues en bronze de l'artiste Charles Louis MALRIC (professeur de sculpture à l'école des Beaux Arts), sont ainsi fondues par la maison Boyreau puis réceptionnées le 12 janvier 1935 et replacées au-dessus des colonnes rostrales.

Dans le prolongement des interventions sur le Monument des Girondins et les statues de Montaigne et Montesquieu (en 2009), la Ville de Bordeaux a engagé le 9 juillet 2014 la restauration des colonnes rostrales de la place des Quinconces. (durée de chacune des tranches: 9 mois. Colonne Sud – Juillet 2014 à fin mars 2015 / Colonne Nord – Avril 2015 à fin décembre 2015.)

L’opération de restauration des colonnes rostrales fut estimée à 765 000 € TTC, financée à hauteur de 255 450 € par l’État, 95 784 € par la Région, et 413 766 € par la Ville de Bordeaux.

=> Voir en bas de page dans §Anecdotes pour le détail de la restauration des colonnes.

La statue de la Navigation est ainsi démontée en Décembre 2014, pour être restaurée par la société spécialisée SOCRA à Marsac sur l'Isle. SOCRA s'étant précédemment occupé sur la place des Quinconces de la statue de l'ange de la Liberté sur le Monument aux Girondins, et des statues de Montaigne et Montesquieu. (La restauration des colonnes, quant à elle, a été réalisée par les Compagnons de Saint Jacques).

Les « Mécènes du Patrimoine en Gironde » ont soutenu la restauration du bronze à hauteur de 4 000 €, soit près de 31% du montant de l’opération.

Une fois sa cure de jouvence terminée, la statue de la Navigation fut exposée dans la cour de l'Hôtel de Ville durant l'été 2015, puis regagna le sommet de sa colonne début Septembre 2015. (Voir plus bas les photos correspondantes)

La statue de la Navigation porte une chlamyde (dont l'attache se trouve sur son épaule gauche), maintenue par une ceinture juste en dessous de la poitrine, laissant apparaître un sein. De sa main droite elle tient un gouvernail (un safran pour être plus précis) posé côté de son pied, et de la main gauche elle indique aux marins la sortie du port et l'embouchure de la Garonne. Elle a une sorte de couronne dans ses cheveux qui sont maintenus dans une coiffe et attachés élégamment derrière sa tête. Le gouvernail possède des motifs qui pourraient faire penser soit à des vagues, soit à des "lettres stylisées" (voir plus bas dans la page).


Étrangement dans les documents anciens et dans les journaux d'autrefois (comme la Petite Gironde) il n'est jamais fait mention de Mercure/Hermès ni de Artémis/Diane, mais toujours seulement des "allégories du Commerce et de la Navigation". D'autre part que ce soit dans le registre des délibérations du Conseil Municipal de Bordeaux (concernant la restauration en 2014 des 2 colonnes & statues), ou dans les documents des Archives de Bordeaux Métropole (voir en bas de cette page), ou sur les 3 sites officiels suivants:

=> Il n'y est jamais fait mention de Diane/Artémis...!


Certes, il est clair que de par ses attributs, la statue masculine, allégorie du Commerce, est représentée sous les traits du dieu Mercure/Hermès. En revanche la statue féminine de la Navigation n'a pour quasi seul attribut distinctif qu'un gouvernail...

> Si en effet l'auteur a bien représenté deux figures de la mythologie gréco-romaine (ce qui reste encore à confirmer), alors quelle serait réellement cette "déesse de la Navigation" qui tient un gouvernail?

Dans certains documents, journaux (notamment le Sud-Ouest) et sur internet on retrouve régulièrement  le nom de la déesse Artémis (mythologie grecque) / Diane (mythologie romaine), mais sans jamais citer aucune origine/source !

Or Artémis/Diane est principalement connue pour être avant tout  la déesse de la chasse, de la lune et de la nature sauvage. Elle est certes aussi la protectrice des ports, des chemins, des jeunes animaux, des accouchements et des très jeunes enfants.

Selon le poète grec Callimaque, lorsqu'elle était encore enfant, Zeus demanda à Artémis quel cadeau elle souhaitait ; elle fit la liste suivante :

    - une éternelle virginité,

    - autant de noms et surnoms que son frère Apollon,

    - un arc et des flèches semblables aux siens,

    - la capacité d'apporter la lumière,

    - une tunique de chasse courte allant jusqu'aux genoux,

    - soixante jeunes nymphes océanes comme dames d'honneur,

    - vingt nymphes pour prendre soin de ses affaires et nourrir ses chiens,

    - toutes les montagnes du monde,

    - une cité que Zeus choisirait spécialement pour elle.

Zeus, d’abord étonné, lui accorda tous ses souhaits et même plus : trente villes au lieu d'une seule, des bois sacrés et des autels, ainsi que la protection des ports et des chemins.

> Serait-ce donc pour cet aspect que l'artiste aurait pu choisir Artémis/Diane pour protéger le "port de la lune" ? Sauf très rares exceptions (voir ci-dessus), elle n'est pourtant jamais représentée avec un gouvernail comme attribut, ni sur les iconographies/mosaïques, ni sur les sculptures...



(La déesse grecque Hécate a été écartée de cette réflexion, car bien que dans ses attributions (entre autres) elle dirige le navigateurs sur les flots, ses représentations pour ce rôle sont inexistantes, et elle n'est de toute façon jamais représentée avec un gouvernail...)

0) LA DÉESSE GRECQUE PRIMORDIALE THALASSA

Thalassa ou "Thálatta" a été écartée de cette "étude / réflexion": son nom signifie la mer. De plus, il n’en existe que très peu de représentations et quasi aucune statue...

Elle est en outre généralement considérée avant tout comme l'incarnation de la mer Méditerranée.

1) LA DÉESSE TYCHÉ (mythologie grecque) / FORTUNA "RÉDUX" (mythologie romaine)

Dans la mythologie grecque, Tyché (Tykhê en grec ancien Τύχη/Túkhē) est la divinité de la Fortune, de la Prospérité et de la Destinée d'une cité ou d'un État. Tyché décide du destin des mortels. Selon certaines légendes serait la fille de Vénus/Aphrodite et d'Hermès/Mercure. Chez les Grecs elle est tantôt une Nymphe, tantôt une compagne de la Moïra ou Destin proprement dit. Elle est généralement représentée le front ceint d'une couronne "murale" (aux motifs de murailles), avec une corne d'abondance, la barre emblématique d'un bateau et la Roue de Fortune. (c'est au 3ème siècle av. J-C , que Tychè reçoit pour la première fois comme attribut le gouvernail).

Eschyle, Agamemnon 661 ff (tragédie grecque C5th BC): "[Les navires d'Agamemnon ont seuls échappé aux tempêtes envoyées pour détruire la flotte grecque revenant de Troie :] Nous-mêmes, cependant, et notre navire, sa coque intacte , une puissance divine et non humaine, préservée furtivement ou par intercession, mettant la main sur son gouvernail; et le Sauveur Fortune (Tykhê sotêr) a choisi de s'asseoir à bord de notre embarcation afin qu'elle ne puisse ni absorber les vagues gonflées au mouillage ni rouler sur un rocher -côte liée."

Dans la mythologie romaine, son équivalent, la déesse Fortuna rédux (/dux) veille au bon retour de ceux qui sont partis dans un voyage périlleux ("Rédux" en latin veut dire "qui ramène / qui fait revenir / rescapé"). Son culte était le 12 Octobre, jour célébrant à l'origine le retour à Rome du premier empereur Auguste de son voyage en Orient. À partir de cette date, la déesse recevra des sacrifices annuels sur un autel qui lui est dédié: "l'Ara Fortunae Reducis". Cette fête, baptisée augustalia, était un des principaux vecteurs de la naissance du culte impérial. (La déesse fut ainsi représentée sur de nombreuses pièces de monnaie).


Ses attributs sont la cornucopia (corne d'abondance), un globe et très fréquemment un gouvernail pour guider les voyageurs sur les mers. (Le gouvernail marque son rôle de timonière: "Fortuna gubernans").

NOTE: Le sculpteur Fortuné Maggesi aurait-il intégré au gouvernail de son modèle les initiales "F "et "r" de la déesse "Fortuna rédux" ? Certes, ces motifs présentent des traits et des styles qui pourraient ne pas être le fruit du hasard, et qui ne paraissent pas tous être des dessins aux contours lisses et arrondis... Mais sont-ce réellement des lettres? Intéressant, rien n'est moins sûr... 🤓

Le culte à Fortuna avait surtout une grande importance dans le monde romain et on l'y associait aussi à Mercure:  elle est apte aussi bien que lui à favoriser les échanges économiques et à donner richesse.

Les hasards du commerce lointain ont dû suggérer de bonne heure l'idée d'associer Fortuna et Mercure. (voir les illustrations/fresques ci-contre et ci-dessous). Il existe plusieurs fresques à Pompéi (peintes à l'entrée des maisons), et des représentations plastiques, exhumées notamment en Gaule et sur les bords du Rhin, qui attestent la popularité de l'association des deux divinités...

(Anecdote: Alors que Mercure est la 1ère planète du système solaire, Tyché serait la 9ème et dernière planète géante que plusieurs astronomes cherchent depuis 1999...)

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A l'instar de ce projet de l'architecte Louis Tullius Joachim VISCONTI (1791-1853. Créateur notamment de la fontaine des 3 Grâces de la place de la Bourse):

> Une fontaine monumentale destinée initialement à la Place des Quinconces... La statue allégorique de la Ville de Bordeaux porte justement une couronne crénelée, corne d'abondance, globe et un gouvernail (safran). Soit typiquement: les attributs exacts de TYCHÉ / FORTUNA Rédux !

(Pour comparaison: => Représentation typique de Tyché: )

2) LA DÉESSE THÉTIS ET SA GRAND-MÈRE THÉTYS (mythologie grecque)

Ses parents sont le dieu marin primitif Nérée, surnommé le vieillard de la mer, et l'océanide Doris. Pontos (le Flot) et Gaïa (la Terre) sont ses grands-parents paternels, Océan et Téthys ses grands-parents maternels

Elle est la mère du héros Achille.

Thétis était la Néréide de la « génération » des poissons ou de leur frai, souvent donnée également comme la plus importante et la plus connue des Néréides.

Ainsi, lorsque Héra demande son aide pour sauver Jason lors de son voyage avec les Argonautes, c'est à Thétis que l'épouse de Zeus s'adresse. Et Thétis va activement mener les Néréides à préserver le vaisseau et son équipage.

Déesse marine primordiale, elle personnifiait la fécondité marine et était  vue comme la « mère de toutes les rivières ». Il ne semble cependant pas durant l'histoire que l'on ait dédié un culte particulier à Téthys...

Océan et Téthys, des titans qui étaient frère et sœur, s'unirent pour donner naissance à de très nombreux fils, les dieux-fleuves et de très nombreuses filles, les Océanides aux fines chevilles. Téthys enfanta aussi la troupe sacrée des Nymphes.

Téthys est représentée habituellement sous le trait d'une jeune et belle femme dont la chevelure est dense et parfois entremêlée de poissons ; deux petites ailes apparaissent au-dessus du front et parfois une étoile de mer posée sur le front, entre ses deux ailes. Dans ses représentations caractéristiques on trouve aussi, tout près d'elle, sa rame et son dragon à tête de chien (symbole des profondeurs des mers et des océans) s'enroulant parfois, comme un collier, par la queue autour de son cou).

3) LA DÉESSE INÔ/LEUCOTHÉE-"LEUCOTHÉA" (mythologie grecque) / Mater Matuta (mythologie romaine)

Elle était autrefois une princesse mortelle nommée Ino, une fille du roi Kadmos (Cadmus) de Thèbes. Inô Thalassomedoisa (reine de la mer) / Leucothéa (la déesse blanche). Dionysos, encore enfant, fut confié par Hermès à Ino et son mari Athamas, pour le soustraire à la jalousie d'Héra, mais celle-ci, réputée pour sa rancune tenace, frappa de folie Ino et Athamas en guise de punition. Ino se précipita d'une falaise dans la mer avec son fils Mélicerte. Aphrodite demanda alors à Poséidon de les changer tous les deux en divinités de la mer.

Sous son nouveau nom de "Leucothé / Leucothoé / Leukothea", elle devint la protectrice des marins et naufragés et la déesse des mers calmes, habitant les profondeurs marines. 

Elle secourut notamment Ulysse au moment où il quitta l'île de Calypso : alors que Poséidon se déchaînait sur le héros, elle lui donna un voile qui le protégea de la mort et lui permit de rejoindre le rivage. (voir l'illustration ci-dessous à droite)

4) LA DÉESSE AMPHITRITE (mythologie grecque) / SALACIA (mythologie romaine)

Amphitrite est tantôt la fille d'Océan et de Téthys, tantôt la fille aînée du dieu marin primitif Nérée et de l'océanide Doris (ou de Dioné selon certaines sources tardives). Amphitrite était à la fois une déesse marine et une personnification de la mer, la mère gémissante des poissons, des phoques et des dauphins. Amphitrite pouvait contrôler les vagues et les créatures marines et se déplacer rapidement dans l'eau.

De nombreux écrivains et poètes de l'Antiquité font référence à la mer en tant qu'Amphitrite, notamment Homère dans son Odyssée.  C'est Thétis, sa sœur, qu'aurait dû épouser Poséidon; mais un oracle prédit que le fils né de l'union de Thétis et d'un autre dieu détrônerait son père, Poséidon préféra alors prendre Amphitrite

Elle était souvent représentée aux côtés de Poséidon, chevauchant un cheval de mer ou un dauphin et portant un diadème et un sceptre en signe de sa divinité. Elle tient souvent le trident de Poséidon et bien plus rarement un gouvernail...

Selon les versions, les souverains élémentaires des mers Pontos et Thalassa ont été remplacés par Océan et Thétis, puis enfin par Poséidon et Amphitrite.

Dans la mythologie romaine elle est associée à la déesse des eaux salées: Salacie (en latin Salacia). Salacie est surtout la personnification de l'aspect calme et éclairé de l'étendue aquatique, si ce n'est le large et son immensité.

5) LA DÉESSE VÉNUS / APHRODITE dite "EUPLOIA" (:favorable à la navigation) 

Aphrodite/Vénus "Euploia/Êuploea/Eupolea" (Εὔπλοια: surnom donné à la déesse lorsqu'on l'invoquait pour obtenir un heureuse navigation), également connue sous le nom de Aphrodite/Vénus "Pontia/Pélagia" (Πελαγία/Ποντία: maîtresse de la mer), ou Galenœe ("celle qui calme la mer" elle lisse les vagues pour les marins), ou "Limenía/Limenitis" (Λιμενία: gardienne des ports), ou "Nauarchis/Nauarkhis (Ναυαρχίς: celle qui commande le navire, maîtresse de la flotte).

Il existe aussi une Vénus "Félix", probablement une épithète traditionnelle, combinant des aspects de Vénus et de sa fille Fortuna , déesse de la bonne/mauvaise fortune et personnification de la chance, dont l'iconographie comprend le gouvernail d'un navire, trouvée dans certains exemples pompéiens. la Vénus Félix est ainsi considérée comme étroitement liée à la Fortune, quand elle ne lui est pas tout à fait assimilée...

Selon certaines versions,La déesse Thalassa ("la mer") était aussi la mère d'Aphrodite; Aphrodite elle-même était souvent vénérée avec Poséidon...

Elle était vénérée à de nombreux endroits: un temple par exemple sur une montagne près de Naples, à Cnide dans un temple au bord de la mer (voir ci-contre), et à Athènes ou à Paphos.

La plupart des copies de son image de Vénus auraient été soutenues par des dauphins, des diadèmes portés et des voiles sculptés, ce qui déduit sa naissance de l'écume de mer et une identité conséquente en tant que reine de la mer et patronne des marins et la navigation, des copies romaines auraient embelli les bains et les gymnases.

(Rappel: Elle fut associée à la planète la plus brillante, Vénus, aide précieuse à la navigation.Astre brillant, tantôt le premier à apparaître au crépuscule, tantôt le dernier à disparaître à l'aube.)

CONCLUSION:

Dans l'hypothèse où Maggesi aurait réellement choisi comme modèle une déesse gréco-romaine pour cette "statue de la Navigation", alors si l'on prend au pied de la lettre le culte originel lié à "La Navigation" c'est donc plutôt la déesse Vénus/Aphrodite dont il s'agirait. Cependant même en cherchant de façon approfondie, il est impossible de trouver une représentation de Vénus/Aphrodite avec un gouvernail/une rame...

En revanche, de par son association fréquente avec Mercure/Hermès, de par ses attributions/son culte, de par ses représentations nombreuses avec un gouvernail comme attribut en statues comme en illustrations, (de par les motifs sur le gouvernail que tient la statue ?): la déesse Tyché/Fortuna "rédux" serait une très bonne "candidate"...

Tenant compte cependant dans ce cas, qu'il puisse "manquer" à la statue son habituelle corne d'abondance (voire aussi: son globe et sa roue). Même si ce n'est pas absolument systématique dans toutes ses représentations:

Comme le montre par exemple ci-contre la fresque (d'un compatriote de Maggesi: le peintre italien Paolo Farinati) intitulée "Mercurio guida la Fortuna," peinte vers 1590 dans la salle Rouge au rez-de-chaussée de la villa de Fabio Nichesola à Ponton Sant'Ambrogio di Valpolicella, près de Vérone. L'étude préparatoire de ce tableau se trouve également au Musée du Louvre (voir plus haut).

> En tous cas, peut-être serait-elle plus indiquée que la déesse Artémis/Diane ? En l'absence de sources et d'informations vérifiées, à vous de vous faire votre propre opinion... 🤓

NOTE: Les vues anciennes ci-dessous, montrent les colonnes rostrales sans le Monument aux Girondins en arrière plan (sa construction a commencé en 1894 et fut achevée en 1902, voir la page dédiée sur ce même site: https://www.bordeaux-qqoqccp.fr/themes/statues-de-bordeaux/monument-aux-girondins) et la rambarde de chaque côté des deux colonnes était jadis originellement en métal (voir le détail plus bas dans cette même page au paragraphe §Anecdotes). Cette rambarde métallique fut remplacée par une balustrade en pierre dure issue des carrières de Verdelais...

En 1824 il se forma à Bordeaux une Société anonyme d'éclairage par le gaz hydrogène. Elle ne fournit tout d'abord du gaz qu'aux particuliers, mais l'Administration municipale voulut essayer le nouvel éclairage comme éclairage public et le 1er septembre 1829 le maire passait un traité avec le sieur Benel directeur de la dite Société pour l'éclairage du pourtour de la "place Louis XVI" (plus tard "place Louis Philippe Ier" aujourd'hui place des Quinconces), ainsi que celui des colonnes rostrales construites l'année précédente. Le nouvel éclairage au gaz commença à fonctionner au mois d'octobre 1830.

Sur la photo dessous de gauche, on peut voir que la "fée électricité" prit le relais de la source d'éclairage...


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ANECDOTES ET INFORMATIONS ANNEXES

La nuit, le matelot, du haut du mât de hune,

Cherche en vain les flambeaux consacrés à Neptune,

Et se moque le jour des sujets que Monsau

Sur le sommet sculpta de son tremblant ciseau;

La Navigation et le Commerce en pierre,

Ces deux gardiens muets, penchés sur la rivière

D'un geste trop connu montrent aux matelots

Le chemin où l'amour verse le vin à flots.

De Bonino vantez les sculptures navales ,

Décorez-les du nom de colonnes rostrales,

Optimistes bourgeois , à l'étranger surpris

Faites vite admirer ce chef-d’œuvre incompris ! 


Jean-Marie-Florent BONINO sculpta les ornements des 2 colonnes rostrales, dont la construction commença en 1827, mais il intervint aussi la même année sur la fontaine de la Grave. (Voir page dédiée sur ce même site: https://www.bordeaux-qqoqccp.com/themes/fontaines-de-bordeaux/fontaine-de-la-grave)

=> Il est intéressant de noter une certaine similarité de forme quant à la base des 2 colonnes rostrales et celle de la fontaine de la Grave:

En 1874 se terminaient les travaux de restauration des Quinconces, comprenant l’achèvement du mur de la terrasse, surmonté d’une balustrade de pierre qui devait ainsi remplacer la rambarde métallique originelle. Cette balustrade en pierre des carrières de Verdelais, court sur l’espace de 530m le long des allées d’Orléans, du « quai Vertical » et des allées de Chartres. (mesurant 185m sur chacun des côtés et 160m sur la façade, sur 1,1m de hauteur). Sa construction eut beaucoup de retard…

Il était originellement prévu d’ériger des groupes ou des sujets sculptés sur les piédestaux encadrant les escaliers. Un concours fut ouvert aux architectes/ornementalistes/sculpteurs le 18 mai 1882 pour la décoration de candélabres, de vases ou « objets analogues » à placer sur les piédestaux sur la balustrade, mais ce dernier ne comprenant pas les piédestaux principaux des escaliers.

Au final, le 22 février 1883, l’adjoint au Maire fit savoir que personne n’avait répondu au concours, et que l’administration allait faire une étude et proposerait un projet… On peut voir en effet ci-dessous deux illustrations de projection de décoration mais aucune ne vit jamais le jour, et les piédestaux des escaliers restent toujours désespérément vides depuis cette époque…

Allégorie de la Dordogne (Monuments aux Girondins)
Allégorie de la Ville de Bordeaux 
(Gare de Tours)
Allégorie de la Ville de Bordeaux
(Musée d'Orsay de Paris)

Statue de la ville de Bordeaux devant le pavillon central de l'exposition Philomathique de 1895

Rostres de la façade des Magasins Généraux, aujourd'hui "l'Espace Darwin". (Bâtiment de droite détruit).

L'Hôtel Fenwick, qui a accueilli le premier consulat des États-Unis du monde. Il a été construit entre 1793 et 1800 par l'architecte Jean-Baptiste Dufart sous l'impulsion de Joseph Fenwick, premier consul des États-Unis d'Amérique. Jean Baptiste Dufart, directeur du projet de la place Louis XVI, actuelle place des Quinconces! Les 2 bateaux ont été ajoutés vers 1870 par Charles Durand lors du remaniement de la porte principale.

=> Ces montages de planches (à simple but illustratif) sont tirés de visites estivales privées que je fais parfois pour le plaisir à mes amis proches...


> Réparations de 1831: Travaux de maçonnerie et éclairage

> Réparations de 1877: 1ère restauration des colonnes et des 2 statues

> Réparations de 1931: Échange des statues trop abîmées par des copies en bronze

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